- Qu'aimerais-tu voir écrit sur ta carte de visite ?
- Pourquoi me poses-tu cette question ?
- Parce que j'ai pensé à toi.
- Je te remercie, mais, à quoi as-tu pensé ?
- J'ai pensé... Non, je te le dirai après.
- Après quoi ?
- Après que tu auras répondu à ma question.
- Il y a plusieurs façons de répondre à ta question...
- Ah non, commence pas. Réponds.
- Commence pas quoi ?
- Réponds.
- Bien. Si je réponds ceci ou cela, tu vas penser que... et moi-même je vais penser que... ça va compliquer.
- Ce qui complique, c'est que tu ne répondes pas.
- Tu crois ?
- Non, je suis sûr.
- Certain ?
- Ta gueule.
- Ben alors je ne peux pas répondre.
- Mais t'es pénible enfin. Quoi que tu veux qu'on écrive sous ton nom sur ta carte de visite... à part emmerdeur ?
- Ah, emmerdeur, ça me va bien. Je prends. Tu as donc ta réponse.
- Mais non, sois sérieux, je veux savoir.
- Tu m'avais bien dit que tu me dirais après ?
- Là. Tu deviens...
- Je deviens quoi ? J'ai rien dit de mal.
- ...
- Alors ?
- Bon. Moi qui t'ai en estime, je m'étais posé la question. Je croyais te faire plaisir, te valoriser, te montrer mon amitié. J'avais pensé que voir écrit "Philosophe" sous ton nom, ça te plairait.
- Et toi, ça te plairait ?
- Tu recommences.
- A quoi ?
- Oui, ça me plairait de voir écrire "Philosophe" sous ton nom.
- Alors, si ça te plait, je veux bien. Mais tu ajoutes, car ça me plait, qu'il s'agit d'un adjectif.
- Mais pourquoi tu compliques toujours tout ?
- Ah non, je simplifie en précisant ; ça évite les erreurs.
- Tu ne m'as toujours pas dit ce qui te ferait vraiment plaisir.
- Associer une carte de visite à du plaisir, ce serait-t-y pas un peu tordu ?
- Je vais commettre un meurtre. Crache-moi donc des mots, Professeur,
Général, Directeur, Président, je sais pas moi ?
- Ah si, toi tu sais. Tu as dit Philosophe.
- Je t'emmerde.
- ...

- Il est parti. Il m'emmerde et il s'en va. C'est donc lui l'emmerdeur. Faudra que je pense à sa carte de visite, tiens.