Le reflet de l'horloge de la Gare de Lyon sur l'immeuble de verre marquait six heures. Belinda n'y crut pas, tourna la tête, l'horloge disait la même chose. Zut ! trop facile, pensa-t-elle.
Les quelques heures de TGV qui l'avait menée de la place Masséna à la capitale ne furent pas trop pénibles. Elle venait essayer son nouveau Nikon chez Prévert et Doisneau et l'excitation l'emportait sur la fatigue.
Trop légèrement vêtue, elle s'en voulut de cette insouciance. Elle pourrait prendre froid. Qu'importe, métro et marrons chauds feront office de soleil.
Quelle idée de choisir le premier novembre pour faire visite à Morisson ! Père Lachaise pour des allongés ; ça la fit rire, mais peu.



Bleueen avait l'âme mélancolique depuis quelques jours. La Grand' Place lui sortait par les yeux. Elle prit un billet pour Paris à la vitesse grand V ; J'achète la Gare du Nord, cria-t-elle. C'est novembre et, Les Fleurs du mal sous le bras, elle va saluer Baudelaire. Le cimetière Montparnasse l'attend. Rue Froidevaux, il est de canard, Quand on voit Sartre, on a beau voir, chantonne-t-elle pour se réchauffer. Devant la tombe de Baudelaire, le spleen est passé. Bleueen n'a plus le blues. Le jour des saints, les morts ravivent les âmes sensibles.



Elle aurait bien aimé que la fontaine de la Place Royale fonctionne. Cela lui aurait donné du courage pour monter dans ce train. Marianne, son petit bonhomme en guise de garde du corps, vise la Gare Montparnasse. Pourquoi ? Pourquoi faire ? C'est idiot, mais elle veut voir Jaurès. Elle voudrait le ressusciter, l'offrir à ses enfants, à tous les enfants. Un idéal perdu. Allez, hop, au Panthéon. Cet automne est déprimant. Pourquoi les morts, ils choisissent des noms de rues, Maman, demande le gosse. Le soleil de l'innocence la réveille et Saint Jaurès la transporte. Elle a bien fait de venir.



Place de la Réunion, début novembre, il faut fuir. C'est une question de survie. Pénélope saute dans le tram, direction la Gare Centrale. Vite, vite, la Capitale, je veux voir du beau, de la culture, des couleurs, des monuments, des touristes. "Le Dernier Métro" visionné sur l'ordinateur portable dans le train lui donne une idée. Elle ira voir Truffaut au cimetière Montmartre. Il aimait les femmes alors j'aime Truffaut... et je déteste ce type qui m'a suivi de la gare de l'Est à la place Clichy... il en voulait à mon ordi, c'est sûr.