Jeune, on chemine "les poings dans (s)es poches crevées", démarche rimbaldienne à scruter le sol comme si le bout du chemin était au bout de la chaussure.
Plus tard, on bombe le torse, faussement assuré, et, les mains se glissent dans les poches d'un jean délavé. Les épaules chaloupent plus que les jambes ne marchent.
Construisant son histoire, les mains avancent dans les mains. Leurs doigts tricotent des lendemains.
Gérant son quotidien, les mains deviennent outils. Elles portent bébés puis commissions, poussent landeaux, tournent volants. Les mains ne marchent plus, elles servent. Les jambes ne marchent pas, elles se pressent.
Relâchant la pression, les mains fuient les autoroutes et les parkings, retrouvent les plages et les forêts et respirent, ouvertes, paumes comme poumons. Main dans la main ou bras ballants, elles embrassent les sentiers moins fréquentés. Et les horizons, fatalement plus proches, apparaissent, étrangement, plus lointains. Les mains pagaient plus vite pour tenir plus longtemps.
Puis, les douleurs du dos courbent un peu l'échine et les mains se croisent sur les reins. On se sent ridicule, à singer Chateaubriand , le sourcil ombrageux et la courbure romantique, le regard inspiré. On fait un effort, on lance les mains devant. Désormais, autonomes, elles se rejoignent dans le dos, comme aimantées. Rousseau s'est invité, promeneur solitaire. On combat de nouveau cette révolte manuelle. Rien à faire. Le cordon est coupé, les mains n'en font qu'à leur tête.

En attendant qu'éternellement, elles se joignent au plexus ou épousent les cuisses, on aimerait qu'elles ne soient qu'ailes, qu'elles soulèvent les pieds en battant la mesure, qu'elles enserrent les autres et les gardent en mémoire, qu'elles caressent toujours, qu'elles soient toujours fraternelles écuelles et calices universels.


Autre chose : Notre ami LChe nous a concocté une variante de l'excellent texte de Didier publié ici l'autre jour.