Ce que j'appelle "Gâteaux de pauvres", ce sont ces biscuits très ordinaires aux formes différentes où sont moulés des mots magnifiquement puérils.
"Toi Maman" "un peu" "je vous aime" "en avion" "un été" "prends ta part" "vous brûlez" "en moto"

On s'est souvent moqué de moi, parce que j'en ai toujours acheté, même quand j'étais riche enfin moins pauvre, donc riche.
1 kg. 3 sous ! Mais, ce n'est pas le seul intérêt. Ce sont les seuls qui calent mon estomac. Je suis, bien sûr, le seul à en manger.
Depuis que je n'annonce plus mon âge en regardant dans le fond des verres Duralex, je scande des "je vous aime-un peu-en avion" sans vergogne. On peut aussi s'amuser à deviner le reste des mots puisque la plupart sont cassés. Trop facile sinon. Le pauvre a aussi droit à l'effort, que diable !

On les trouve dans le rayon du bas au supermarché. Forcément.
Un jour que je me penchais, j'entendis près de moi un jeune homme s'adressant à son copain.
"T'as vu, les trucs qu'on achète, nous, les Arabes, ils les mettent en bas exprès pour qu'on se mette à genoux devant eux"
J'ai pris dix minutes pour discuter parce que le garçon ne rigolait qu'à moitié. Sourire, légèreté et dérision auront, j'espère, permis à ces deux-là de revoir leurs préjugés.
Merci les gâteaux de pauvres.

J'avais découvert ce produit, il y a une trentaine d'années.
Sans le sou et mettant un point d'honneur à ne pas mettre mon compte en banque dans le rouge, j'avais consommé exclusivement ces biscuits pendant 3 à 4 semaines.
Le même esprit radical de ma jeunesse m'avait fait démissionner pour connaitre la vie de chômeur et me faisait manger des "gâteaux de pauvre" pour connaitre la souffrance des démunis.
C'était très idiot bien sûr. D'autant qu'une à deux invitations ailleurs me permettaient de compenser en arrangeant ma bonne conscience.
Pas toujours bien inspirée la jeunesse.

g_teaux_de_pauvre