28 février 2009
Conso-Com
27 février 2009
Des mots d'époque
Nous avons eu les Super, les Extra, les Génial et les Magnifique.
Persistent encore les Oups ! qui viennent en aide au ridicule ou au malaise.
Nous pestons contre les Voilà ! censés expliquer l'évidence. Et pourtant.
Les Tu vois et les Genre nous désespèrent. Ils nous feraient douter de notre santé mentale.
La liste est plus longue que ma mémoire fiable.
Chaque oreille se souvient de ce qu'elle entend et relève. Chaque langue a eu ses tics et ses automatismes.
C'est souvent agaçant. Le vocabulaire est si riche qu'on aimerait que chacun prenne la peine d'aller chercher le mot juste. Mais nous plongeons tous dans la facilité lorsqu'il s'agit de converser sans but ou par obligation.
L'interjection prend des galons. A quand le grognement ?
Tout aussi ridicules sont les Cela dit et les Quelque part. Rien à faire, nous plongeons aussi.
Mais, le petit nouveau est arrivé. Et cette fois-ci, il me plait.
A plusieurs reprises dernièrement, on m'a souhaité une belle journée plutôt qu'une bonne journée.
Déjà, on préférait les belles femmes aux bonnes femmes et nous avions la délicatesse de les trouver belles avant tout.
Pour la journée, l'expression convient tout autant. Elle est plus fraiche, plus gaie, plus ensoleillée. Eclatante. Optimiste. Rafraichissante.
Allons plus loin. Bientôt peut-être nous souhaiterons-nous un Beaujour, un Beausoir, une Belle Nuit.
Je fais la petite nouvelle mienne pour aujourd'hui en vous souhaitant...
...une BELLE JOURNÉE.
26 février 2009
La mode est au grégaire
Brainstrorming. Emulation de groupe. Travail en équipe. Club. Association. Troupe. Troupeau. Chorale. Groupe de travail. Motivation mutuelle. Chapelle...
La liste est longue des formules à la mode et des regroupements rassurants.
Je n'ai rien contre rien. Sauf, lorsqu'on cherche à imposer que le regroupement serait plus efficace ou plus humain ou plus formateur ou plus ceci ou plus cela.
Que l'union fasse la force, je ne dis pas le contraire, s'il s'agit de sortir un arbre de la chaussée. On pourrait s'y mettre à trois mille les uns après les autres, l'arbre pourrait dormir tranquille.
En revanche, j'ai toujours constaté que pour moi, le groupe constituait un frein dans les activités intellectuelles.
D'abord, par les salamalecs obligatoires : Il faut se voir, se dire bonjour, se faire la bise, apporter un gâteau, commander un café, demander si les enfants vont bien... Pendant ce temps-là, l'idée peut se faire la malle, lorsqu'elle ne naît pas morte.
A se bouffer son énergie à tout observer autour, vérifier que sa braguette est bien fermée, tester le niveau de maturité de x, puis de y, etc. etc. supporter le manque d'esprit de synthèse de l'un, calmer les excès de langage de l'autre, gérer le manipulateur... Quelle perte de temps ! Quand est-ce qu'on se met au travail ?
Il y a deux choses auxquelles j'apporte bien plus de crédit qu'aux réunions de troupeau, qui vont donner une pensée édulcorée, faiblarde, fade. ("la pensée mise en commun est une pensée commune" disait l'autre)
En premier lieu, je crois à l'addition de pensées individuelles, autonomes et libres. L'expression profonde de chacun posée sur la table en self-service alimentera celui qui veut bien se servir et faire évoluer la sienne. Elle sera forcément plus authentique, plus saine. Humaine et pas conventionnelle.
En second lieu, le tête-à-tête. Il permet bien des choses. Les yeux dans les yeux expriment, qu'on le veuille ou non, une part de vérité. On questionne, on gratte, on fouille, on échange vraiment. On a affaire à un individu, entier. On peut faire tomber le masque social, construire des ponts entre toutes les facettes, s'approcher de sa vérité. Du coup, chacun se livre un peu plus. Donc chacun se délivre un peu plus.
On peut atteindre ou s'approcher de l'âme, que l'oreille trouve aussi voisine de femme que d'homme.
Je n'ai jamais compris ce besoin de se réchauffer sous des étiquettes. Il me semble que le groupe étouffe l'individu. Il l'enferme. Parfois le pervertit. Il réchauffe les frileux et rassure les peureux.
On peut penser autrement et plus nombreux sont d'ailleurs ceux qui pensent autrement.
Mon opinion n'est pas vérité, elle est mon opinion.
C'est souvent dans les groupes qu'on retrouve ceux qui confondent "individualisme" et "égoïsme". J'ai dans l'idée qu'il y a plus d'égoïsme chez ceux qui se regroupent que chez les autres. Mais, ce serait trop long à développer. Une autre fois, sans doute.
Ce grégaire qui, lui, voisine avec guerre, ne m'inspire rien de bon.
25 février 2009
La femme du boulanger
Déjà paru chez Claudiogène le 04 avril 2008
La voiture arrêtée sur le bas-côté, à cheval sur l’herbe
semble avoir stoppé en urgence. La
portière droite est ouverte et la main gauche d’un jeune homme la
retient de l'intérieur.
Le jeune homme, c’est Pierre. Il est couché sur la banquette et vomit comme jamais il ne l’a
fait. Petit déjeuner, déjeuner et quatre-heures, tout y passe.
Au son du carillon déclenché par le rayon lumineux, la boulangère
a levé les yeux sur le jeune homme. Des yeux qui savent parler aux hommes,
assurément. Grands, noirs, étincelants, évocateurs, brûlants. "Un regard de baise", pense Pierre, juste pour
se faire un bon mot.
Présentations faites, Madame invite l’assureur à la suivre dans
l’arrière-boutique. La petite vendeuse la remplacera.
Le mari nettoie les gamelles dans la cour et la paperasse,
c’est pas son truc. Si affaire il y a à faire, ce sera avec Madame.
Tout est bien organisé. La petite à la boutique, le mari aux
gamelles. Pierre et la Pomponnette dans l’arrière-boutique à discuter tout en
surveillant le bébé de huit mois
environ, allongé dans un transat posé au sol. C’est
une petite Aurore aux grands yeux bleus.
De sa place, Pierre qui est debout voit dans la cour le
boulanger nettoyer de grandes casseroles au jet d’eau. Il ne recevra pas de
réponse à son mouvement de tête. La
pièce est une sorte de véranda, grande baie vitrée vers l’extérieur sur un petit muret d’un mètre environ.
Les objectifs professionnels du mois et son récent célibat permettent à notre
commercial d’accueillir le charme de la
boulangère avec une disponibilité non coupable.
Mais, la situation est cocasse et la phase de séduction
prend rapidement une autre tournure.
Aurore lâche sa tétine et se met à pleurer. La jeune femme
s’accroupit pour la lui remettre en bouche. Elle la met d’abord dans la sienne
pour la nettoyer avec un geste des plus suggestifs.
Puis,
sans se relever, passe sa langue sur ses lèvres en même
temps qu'elle remonte sa robe avec la main, comme si la robe en avait
besoin ; cuisses et culotte étaient déjà largement offertes au regard
de l'assureur.
Elle sait marcher en canard et trois mouvements lui suffisent
pour atteindre les jambes de Pierre.
Celui-ci se fige. Regard vers la droite, le boulanger et son jet
d’eau. Regard vers la gauche, le bébé et ses yeux bleus. Regard vers le bas, la Pomponnette
qui, à cet instant, n’a jamais aussi
bien porté son nom.
Que faire ? Le mieux est de ne rien faire, d’attendre.
L’agent d’assurances est agent double. Sous sa ceinture tout est mécanique et
la mécanique fonctionne très bien, la
mécanicienne est experte. Au-dessus, tout est tension. Dans sa tête, tout se
bouscule. Le danger ne l’empêche pas de penser à Alphonse Boudard qui racontait
ses frasques de représentant de commerce et de la bouchère qui l’avait vidé
de toute son énergie sur un étal sanguinolent.
Le plaisir et le calvaire s’arrêteront en même temps.
La cravate est toujours en place. La chemise a accumulé un peu de
transpiration.
La nymphomane remonte sur ses pattes tirant un peu sur la
robe. Elle sourit, savourant la levure de Pierre. Son assurance semble dire
qu’il ne s’est rien passé. Celle de Pierre ne sera pas placée.
L’enfant a-t-elle ancré en elle sa future condition, femme de boulanger ?
24 février 2009
La vision globale
J'ai toujours une certaine difficulté à comprendre que l'on puisse s'exprimer, communiquer, sans vision globale.
Que ce soit dans le temps ou dans l'espace.
Je pense que cette communication relève plus de la pulsion ou de la réaction, que de la réflexion et de l'objectivité.
Si je cherche à imposer une opinion sans me mettre à la place de l'autre, j'ai peu de chances de me faire comprendre. Si je ne tiens pas compte du fait que mon cadre de référence m'est propre et pas universel, je vais droit dans le mur. C'est le début du conflit. Ce serait accepter l'opposition et le rapport de forces.
Si, en revanche, j'ai dans l'idée de mettre mon énergie dans la recherche d'harmonie et de solutions, je concentrerai mon action sur "la situation". C'est-à-dire le Tout : moi, l'autre et la relation entre les deux.
En prenant la précaution de ne parler QUE des comportements et PAS des personnes, je limiterai les risques de dérapage.
Par conséquent, il convient, selon moi, de toujours chercher une solution équitable pour tous, plutôt que prendre parti pour SON camp.
Si, en plus, l'autre adopte la même démarche, on construira, on avancera plutôt que détruire ou avoir à réparer.
Voilà pour l'espace.
Pour le temps, c'est la même chose.
Ce qui est exprimé serait-il valable demain, après-demain ? Est-ce une vérité intemporelle ? Cela tient-il compte d'une réflexion sur le passé ? D'une intuition de l'avenir ? Ou n'est-ce qu'une vérité instinctive, éphémère ?
Parlons peu et mieux. Moins on fait de dégâts, moins on dépensera d'énergie à les réparer.
En cherchant à TOUJOURS apporter aux autres autant qu'à soi, on sera plus près de la justice. Cela ne veut pas dire qu'on doive s'empêcher de défendre une opinion. Loin de là. Mais, nous pouvons le faire dans le respect de l'autre et en avançant des arguments objectifs plutôt que des ressentis ou des sentiments qui ne sont pas toujours partageables. Et pour cause, ils sont le fruit d'un cadre de référence qui nous est propre. Addition de nos valeurs et de nos croyances.
Authentiquement juste, c'est possible. Risqué certes mais possible et reposant.
23 février 2009
La nonna
La dernière fois que je l’ai vue, elle était comme à la première.
Vieille.
De cinquante ans à soixante-quinze, elle n’avait pas changé. A moins que ce fût mon regard qui ajustait ou ma mémoire qui s’arrangeait.
Maria. Elle ne pouvait s’appeler autrement. Une grand-mère comme on en faisait encore dans ces coins reculés des Pouilles. Mais elle aurait pu être tout aussi bien Sicilienne, Corse ou Catalane.
Ses cheveux poussaient en chignon. Enfin, je crois. En vérité il s’agissait de tresses enroulées comme des pâtisseries orientales et qui, sans doute, obligeaient à se lever encore plus tôt que tôt. Gris, les cheveux, toujours gris ; et ce depuis sa naissance de grand-mère.
Toute de noir vêtue, la nonna. Rien de plus normal, elle n’avait perdu son mari que depuis vingt-et-un ans.
Son tout premier sourire figea ses lèvres ainsi. Tendre et serein, il ne bougera plus. Il construira même deux joues douces et joufflues comme celles des bébés. Je les sens encore sur mes lèvres aujourd’hui.
Un mètre quarante (je la grandis, elle le mérite) de bonté pure. Des yeux noirs et pénétrants qui vont vous chercher, vous envahir, vous remplir de vie, de joie et d’espoir.
Pourtant, elle en a connu, comme on dit, jusqu’au pire. La guerre, les neuf enfants et le mari alcoolique avant d’être mort, c’était de la bagatelle. Le pire, c’est de perdre un enfant. En pleine jeunesse. Le typhus ne demandait pas les papiers de ses victimes. Il frappait. Chez les pauvres, c’est toujours plus facile.
Mais le sourire de Maria demeura. Aidé par la foi sans doute.
C’est elle qui m’annonça que sa télévision avait montré des hommes marchant sur la luna pour la première fois. La scène s’ancra en moi. Sur un trottoir au ciment imprimé de motifs géométriques, en plein soleil, la nonna mimait les astronautes tout en racontant avec excitation. Elle faisait partie du voyage, c’est sûr.
Un jour, elle découvrit Paris. Deux mille kilomètres pour voir son fils, malade. L’année suivante, c’était le fils qui prenait le chemin inverse pour voir sa mère, malade.
La gare de Lyon lui offrit une peur démesurée et lui arracha un cri effroyable : En une seule image, elle découvrait un escalator et un Noir. C’était trop.
Ces Français étaient fous, c’est sûr.
Quelques années plus tard, elle partit. Pendant que d’autres finissaient sous terre, elle, montait vers le ciel bien sûr. La preuve, dans le cimetière à étages, on l’a mise au plus haut.
Marcher dans l’espace, un bocal sur la tête, c’est banal. Mais, un Africain sur un escalier mécanique, c’est terrifiant.
L’autre grand-mère, la Folcoche, lui survécut encore quelques années. Les Folcoche sont toujours plus coriaces et confortent certains dans l’idée que la vie est injuste.
Autre chose : Pour ceux qui ont vu et apprécié Berrybelle et sa famille dans l'émission et qui auraient des commentaires à faire. Je vous renvoie vers son blog. Merci.
22 février 2009
La Question du Dimanche
La mélancolie est-elle de Gauche ?
La question du dimanche à laquelle vous avez échappé : Lequel est le plus démagopportuniste des 3 : Roy*l, Bo*é ou Besan*en*t ? Champions du monde ex-æquo. C'était la réponse. Trop facile.
Rappel : Zone Interdite M6
21 février 2009
Was ist das ?
Une fois n'est pas coutume, j'explique :
En rentrant chez vous, vous apercevez sur le trottoir un tas d'objets divers, correspondant, sans doute, au nettoyage d'un appartement à rénover.
Plutôt bégueule, vous daignez, finalement, inspecter une lucarne, bien sale, bien vieille, bien rouillée. "On doit bien pouvoir en faire quelque chose !" vous dites-vous. Alors, bégueule et délicat en plus, vous mettez des gants et emportez l'objet.
Quelques heures de nettoyage. Quelques jours de réflexion. Et vous finissez par peindre la ferraille. Vous avez décidé de vous exprimer au dos du vitrage intact et nettoyé.
Vous ressortez la corde que vous avez trouvé sur le quai d'un port trois ans plutôt. Vous mariez les deux trouvailles.
Marié, pendu. C'est fini.
Ce mariage-là est coloré. Mais pas assez à votre goût. Alors, vous éloignez le couple du mur et lui offrez un miroir sur papier (ça coûte une fortune ce truc) qui doublera l'effet.
Et comme vous n'êtes pas mécontent du résultat, vous le présentez sur un blog et, une fois n'est pas coutume, vous expliquez.
20 février 2009
Berrybelle passe à la télé
Pour des milliers de visiteuses et visiteurs habitués de ce blog, Berrybelle est un pseudo familier.
Mais c'est aussi une jeune mère de famille (de 3 enfants s'il-vous-plait).
Famille à la fibre Ecolo s'il en est.
Les plus anciens savent que cette famille a entrepris de construire une Maison en Paille en Alsace.
Je recopie ci-après, l'annonce de la diffusion que M6 (Zone Interdite) consacre aux constructions écologiques, dont le reportage suivi sur plusieurs mois concernant le chantier de Berrybelle et des siens.
Pas si courant de voir ses amis blogueurs parler, bouger, vivre dans leur milieu. Ajoutons la curiosité de leur visage, des vrais prénoms et la soirée est réservée.
De plus, ces choix d'habitat sont forcément intéressants.
Je préviens un peu avant, parce que si votre "sixième" chaine n'a pas servi depuis longtemps comme la mienne, il conviendra de l'huiler, ou de la faire chauffer un peu, d'ici là.
"REPORTAGE SUR LES CONSTRUCTIONS ECOLOGIQUES
ZONE INTERDITE sur M6
DIMANCHE 22 FEVRIER 2009 à 20H40
Au programme :
une piscine naturelle du côté d'Arcachon, une maison écologique en bois
du côté de Besançon, une en paille du côté de Rosteig (ah bon ! Qui
c'est ?...) et un habitat groupé en Bretagne.
A dimanche !"
Ils vont exploser les audiences M6
19 février 2009
Un bouquet de tulipes jaunes
Déjà paru chez Claudiogène le 10 janvier 2008
« Si je ne trouve pas à me garer tout de suite, je me mets n’importe où, c’est décidé ». Aussitôt dit, aussitôt fait. La voiture trouve sa place sur le trottoir du boulevard Ney, entre deux platanes et advienne que pourra.
J’y suis.
La peur au ventre, j’essaie de me décontracter en
fredonnant «Bichat m’était alors inconnu, je n’y étais jamais
venu... » C’est idiot et pourtant ça me réchauffe un peu. Dehors, il fait
froid et dedans c’est glacial. Cet hôpital est glacial.
L’entrée. L’ascenseur. Le couloir. J’approche... On me déguise
pour me protéger.
Lucide, il sait tout et me le dit. Je l'écoute. Je l'entends.
J’ai trente ans mais trente ans de rien, de vide. Comme lui, je suis décharné, mais de
l’intérieur. Je ne suis qu’enveloppe, apparence. Et pourtant, il me faut
parler. Parler sans avoir l’indécence de rassurer faussement. Parler pour l’ici
et maintenant. Parler pour l’être et pas pour le devenir. Parler pour
respecter.
Putain de sida ! En cette année 1988, le mot est encore
tabou. Jamais il ne sera prononcé concernant Jean-Claude. Par personne.
Le grand public sait peu de choses, il a peur. Je me
souviens même de ceux qui croient que le groupe sanguin O+ est plus exposé parce que zéro positif et
séropositif, ça sonne pareil ; lorsque je dirai que j’ai tenu la main de
Jean-Claude, on me dira que j’ai été imprudent. C’était tout ce que je pouvais
faire. Lui parler, lui prendre la main, le regarder.
Lui sourire, je n’ai pas pu. J’aurais dû, je n’ai pas pu.
La voiture est toujours là et sans P.V. Le « Merde » hurlé sur le volant et les kilomètres de larmes pour atteindre le bureau me font reprendre pied. Et je me présente, digne.
« Anormal » avaient décrété ses géniteurs. Le pays
de Caux, qui n’y est pour rien, devint dans ma révolte un pays de cons.
Jean-Claude, c’était l’humour et la gentillesse. Encyclopédie
vivante des chansons de Dalida, il chantait au bureau, en voiture, partout.
Le vendredi midi, tous les vendredis midi, il achetait un bouquet de tulipes jaunes « pour la maison ». Un jour, je l’accompagnai. Boulangerie pour le sandwich. Fleuriste pour les
fleurs. Banque pour les billets.
Face à l’écran du guichet automatique, il fait mine de
s’affoler :
« Mais, ils sont cinglés. Il n’en est pas
question »
Je regarde et je lis : « Please, input your PIN »
« ça va pas la tête » reprend-il.
C’est seulement en quittant l’entreprise que j’ai pu me
défaire de la pensée hebdomadaire de cette anecdote.
Depuis, les distributeurs
ont appris le français mais, quoiqu'il arrive, toutes les tulipes seront toujours jaunes.
Il venait d’avoir trente-six ans. Bon comme du pain
blanc, il est mort comme un Homme.














