30 septembre 2009
A chaud, à cran... et en voiture (?)
Ce que j'ai découvert de moi ne me plait pas trop.
Pourtant, il s'agit d'une évidence qu'il serait malhonnête de nier.
J'ai pour habitude de dire que je n'aime pas voyager. J'argumente en parlant de files d'attente, de bagages, de promiscuité, d'euphorie niaise, d'odeurs de groupe et autre stress inhérent à l'activité.
Jusque là, je ne renie rien. Et si je me permets ce billet, à chaud, c'est bien pour ne rien rater de ces ressentis sincèrement ÉNERVANTS.
Quelques amis me l'avaient déjà dit et je rejoins ce jour leur "club".
Puisque voyager il faut, parfois. Puisque quitter son chez soi on doit, parfois. Puisque les voyages, bien qu'accélérant la vieillesse, forment aussi la jeunesse.
Puisque l'obligation fait parfois loi, le moyen le moins pénible reste la voiture.
C'est triste. C'est dommage. Mais c'est vrai.
A cet instant précis, je rejette avec la mauvaise foi la plus assumée, tous les arguments liés à l'écologie, à la sécurité, à l'individualisme et même à la consommation la plus déréglée.
Je ne retiendrai que la Liberté. Certes limitée, mais la Liberté de bouger, s'arrêter, bifurquer, flâner, se poser, bouder sur une aire d'autoroute, s'allonger dans un pré, glisser dans une chapelle, pisser sur un arbre, prendre la tangente.
Je crois que je vais approfondir cette idée de privilégier la voiture dès que ce sera possible, moi qui militais plutôt pour le transport en commun.
Et je compte bien trouver des arguments supplémentaires. Et des adaptations.
A l'instant, je pense à l'une qui dort dans sa voiture pour être encore plus libre, à l'autre qui refuse systématiquement les autoroutes (et dort aussi dans sa voiture), à ces amis qui se lisent à haute voix des livres en roulant.
Il me semble que je viens de découvrir une banalité.
Tant mieux ; ça me fera du bien d'en être sûr... à froid.
29 septembre 2009
C'est pas assez
2 plus 2 a demandé la maîtresse
Trop facile a pensé l’enfant, c’est pas assez.
Alors il a
cherché autre chose.
Il a suivi la courbe du 2, le coude, la base.
Il a
recommencé avec le second.
Rien. L’enfant n’a rien trouvé.
Alors, l’enfant s’est cru bête. Le moins intelligent de
tous.
Mais a cherché, cherché encore.
Quand, au premier rang, quelqu’un a répondu : 4
Quelqu’un fut félicité et quelqu’un eut le bon point.
C’est pas assez, pensa l’enfant.
Trop facile a pensé l’enfant, c’est pas assez.
Alors il a
cherché autre chose.
Tout son être traversé par la poésie, par l’odeur, les sons,
les deux brûlures au côté droit.
Trop facile. Pas assez.
Rien. L’enfant n’a pas
trouvé.
Alors, l’enfant s’est cru creux. Le plus vide de tous.
Mais
a cherché, cherché encore.
Quand, au premier rang, un autre a dit que le soldat ne dort
pas, il est mort.
Un autre fut félicité et un autre fut valorisé.
C’est pas assez, pensa l’enfant.
L’enfant finit en 10 et ne dit rien.
Il chercha autre chose.
Trop facile. Il ne trouva pas.
L’embauche eut lieu. Résultats exceptionnels.
C’est pas assez, pensa l’enfant.
Vous allez
pouvoir gagner beaucoup d’argent.
C’est pas assez, pensa l’enfant.
Triste ambition. Erreur.
L’enfant fuit.
L’argent fut pour un autre, moins ambitieux.
C’est pas assez, pensa l’enfant.
C’est pas assez, pensa l’enfant.
Votre travail est exemplaire.
Personne n’a eu ce poste avant d’être trentenaire, a dit le
directeur.
C’est pas assez, pensa l’enfant.
Reposez-vous maintenant, a dit
l’entourage.
C’est pas assez, pensa l’enfant.
Vous êtes original, soyez satisfait, a dit la rumeur.
C’est pas assez,
pensa l’enfant.
Vous vous prenez pour
qui ? a crié le lecteur.
Pour un enfant, a dit l’enfant.
28 septembre 2009
Selima
Le soleil retombait de nouveau sur les terrasses, grises à
cette heure, et Selima sentait le froid pénétrer, traverser le fin et léger
tissu qu’elle portait avec amour.
Il lui avait été transmis par sa mère qui le
tenait de sa grand-mère. Ce bout de chiffon avait voyagé de génération en
génération, de soleil en chaleur électrique, de gel en poussière, de lavoir en
lave-linge et toujours, il tenait bon.
Chargé d’histoire plus que d’utilité, il
était vêtement et grand-mère, souvenir et émotion, tendresse et douceur.
Maternel et fil d’Ariane, seconde peau, placenta, couche d’amour et d’émotion.
Transmis de mère en fille comme un secret, comme un témoin. Un secret sans
paroles. Un témoin silencieux. Transmission du rien et pourtant poids lourd,
pesant.
Quelle responsabilité sur les épaules de cette adolescente en proie, ce soir, à une angoisse inexpliquée, un frisson cafardeux !
Selima tenait un bout de manche, de courte manche, entre le pouce et l’index et le frottait à la manière d’un commerçant qui en apprécierait la qualité et qui, plus tard, compterait les billets avec le même geste.
Qu’arrivait-il ce soir ? Etait-ce cette fraîcheur inhabituelle de fin de printemps, ces couleurs étirées à l’horizon ou les évènements de la journée qui la rendaient nostalgique ?
Peu à peu, Selima percevait comme une révélation lente. Elle prenait
conscience d’un appel, d’un devoir. Cette idée se faisait de plus en plus
présente, de plus en plus pressante, de plus en plus pesante. Etait-elle
investie d’une mission, chargée, elle, petite jeune fille solitaire de conter,
raconter l’histoire, son histoire, leur histoire ?
Elle ne savait pas déterminer si elle s’en persuadait ou si
cela était plus fort, si la volonté était extérieure.
Mais, raconter quoi ? Toutes les vies sont banales.
Raconter sa mère, sa grand-mère.
Elle n’imaginait jamais QUE des femmes dans son passé.
Destin cruel qui l’avait séparée de ses aînées, trop tôt,
bien sûr, toujours trop tôt, ne lui laissant qu’une étoffe pour sécher ses
larmes et sentir la chaleur de sa famille.
Raconter comment ? A qui ? Pourquoi ?
Pourrait-on encore lire quelque chose dans les mailles de ce tissu usé sur lequel les évènements s'étaient superposés, entremêlés ; les uns gommant les autres et le temps n’étant plus qu’unité, à l’image de ces cités enfouies et redécouvertes, sorties du sol et dont le tri des époques est si difficile à faire ?
…
Descendant de l’avion qui la ramenait à Paris, Selima avait tout oublié de ce sentiment d’un soir qui l’avait transportée, tel un tapis planant, au-dessus du réel, proche du divin.
Il pleuvait des cordes sur la piste et les passagers de retour de Tunis remerciaient intérieurement, l’inventeur de ces accordéons géants qui permettaient de passer directement de l’appareil à l’aérogare.
Les chemisettes et les robes à fleurs choquaient les imperméables et parapluies qui attendaient un proche.
Le rire éclatant, agressif et vulgaire d’une blondasse,
touriste de club, agressait les pâles parisiens. De plus, cette extravertie
avait osé recouvrir, mais si peu, son bronzage d’une tenue exotique
« ramenée-d’un-souk-où-le-vieux-monsieur-était-très-cool-nous-avons-sympatisé »
Quel beau souvenir !
Légèreté, mépris et vulgarité étaient ses véritables
vêtements.
Selima allait retrouver sa chambre de bonne, 12 mètres carrés sur cour, 6ème étage, 18ème arrondissement..
Réveil brutal : contrastes du Soleil et des nuages, de l’Espace et de l’exigu, du Respirable et du pollué. Mais, aussi de l’Abondance et du dépouillement, de l’Organisé et de l’à-peu-près, du Confortable et du peut-être.
Tunis – Paris. Paris – Tunis. Cinq lettres chacune. Villes sœurs tant le lien aérien est continuel.
Capitales à l’attirance obsessionnelle.
Cinq lettres : Consonne - Voyelle - Consonne - Voyelle – Consonne
Mais, Rabat et Dakar font de même.
L’Afrique, bizarrement liée et reliée à Paris.
Tirées par les cheveux ces réflexions. Tirées par les cheveux de l’intérieur du crâne de Selima déboussolée, déséquilibrée, sans plus repères.
Dormir, dormir, dormir pour, plus tard... savoir... ou oublier.
27 septembre 2009
La Question du Dimanche
... proposée par Marie :
Comment on se sent à l'intérieur, quand une nouvelle génération arrive
?
Je veux dire : ça fait quoi ? ça transporte ? ça renverse ?
26 septembre 2009
Jaligny-sur-Besbre
C'était, il y a trente ans.
Au retour d'un week-end au Puy de
Sancy, à l'heure de l'apéro, je m'arrête prendre mon diabolo menthe
dans un village totalement inconnu.
Attablé en terrasse ; terrasse,
un bien grand mot, deux tables rondes plus proches de guéridons que de
tables. Enguéridonné donc, je me rafraichis sous le soleil de plomb
d'un mois d'août agressif.
Tout à coup, un brouhaha, des bruits de chaines, de vélos, des
rires. Un peloton de cyclistes à la tenue "professionnelle", aux
maillots de marques, Mercier, Molteni, Faema, Peugeot, avait pris pour
ligne d'arrivée, le café.
Quelques mouvements, quelques saluts. Tous
semblaient habitués. Tous se charrient, posent leurs vélos, ôtent leurs
casquettes et en deux minutes, une demi-douzaine de chaises poussent
autour du "guéridon" voisin.
Pas de commande, les pastis arrivent
tout seuls. Le jeune homme au diabolo menthe se sent plus jeune que
homme. Je fis le parallèle entre boisson et maillot jaune, pas encore
entre boisson et dopage.
Au centre des coureurs, un coude un peu plus haut que les autres ne
me semblait pas inconnu : La cinquantaine moustachue et la verve
gauloise. Non, je ne sais même pas où je suis, je ne peux pas connaitre
ces gens.
J'étais à Jaligny-sur-Besbre dans le Bourbonnais, département de l'Allier. Et ce très proche voisin, j'en devins vite persuadé, c'était René Fallet.
Bon sang, mais c'est bien sûr, le vélo comme son ami Nucera.
Bon, je sortais d'une période lecture de Fallet. Quand on titre un bouquin "Comment fais-tu l'amour, Cerise", on est forcément quelqu'un de bien.
Ami de Brassens, passionné par Cendrars, René Fallet disait avoir deux sources d'inspiration, la veine Beaujolais (les vieux de la vieille, la soupe aux choux, le beaujolais nouveau est arrivé...) et la veine whisky (ersatz, l'angevine...) que je préférais ; depuis je ne dis plus "verre de whisky" mais "verre de tristesse".
Dès que je fus sûr d'être si près de cet écrivain que j'aimais beaucoup, je finis mon verre, mon vert, en une gorgée et fuis.
Repassant
en voiture devant la ligne d'arrivée, je fis un mouvement discret en
penchant la tête et il leva la main en signe de salut.
Un jour, comme tout le monde, René Fallet mourut.
J'ai lu Fallet. J'ai aimé Fallet. J'ai vu Fallet. J'ai salué Fallet et Fallet m'a salué.
25 septembre 2009
La chute vertigineuse
Je m'absente quelques jours pour cause de devoir grand-parental.
Pendant ce temps-là, je rediffuse des textes de l'ancien blog, Claudiogène.
La chute vertigineuse
Le bâtiment est récent, propre, moderne et fonctionnel.
Accueillant même. Des couleurs, de la clarté.
Pourtant, ce couple de cinquantenaires y entre à petits pas,
inquiet. L’hôtesse d’accueil le dirige vers la salle d’attente. Les dos ne
toucheront pas les dossiers des chaises, timides. Au mur, des affichettes de
prévention, des listes d’adresses d’organismes, des numéros de téléphone. Au
centre des jeux et des livres d’enfants. La salle d’attente est accueillante et
glaciale.
Chacun d’eux a sa boule dans la gorge et la tait. Il sourit
à l’autre, les yeux pleins d’amour et la décadence digne.
La chute fut vertigineuse.
Ils
en ont fait des choses.
Elever des enfants, leur payer des études, les mettre sur les rails.
Travailler, jeunes, trop jeunes, sur le premier barreau de l’échelle.
Créer une
entreprise artisanale avec courage et conviction. Sans se plaindre et
sans
souffrir vraiment. Par devoir.
Mais jamais, même
dans les pires moments, ils n’ont ressenti cette humiliation de devoir faire
une demande de RMI. Ils savent bien
qu’il n’y a pas de honte, que l’orgueil est ridicule, qu’ils ont des droits,
comme tout le monde. Mais, ça ne passe pas.
Gilbert aurait préféré avoir affaire à une machine ;
les écrans n’ont pas l’œil maternant. Il voudrait lui crier que oui, il sait
lire, oui, il saura remplir le questionnaire,
mais Sandrine doit justifier sa
fonction. Elle se doit de cajoler. Elle explique en articulant bien
qu’il faut écrire comme on parle pour faire simple et influencer
positivement le Conseil Général. Gilbert comprend qu’il faut
pleurnicher.
Ils n’ont pas le profil de ce statut-là. Et pourtant.
La rue ne leur offre pas plus d’oxygène. Il propose une
virée jusqu’au port pour reprendre courage. Elle ne dira pas non. Les pas sont
lents et les épaules basses. Les mains se tiennent et les doigts tricotent.
Les cœurs ont la même heure.
Plus loin, les luxueux yachts dont ils n’ont jamais rêvé
sont alignés comme soldats et serrés comme sardines. Ils sont blancs, grands,
majestueux et tristes.
Le regard de Patricia quitte ses pieds pour lire le nom de ce
bijou de riche, le dernier avant le virage : One Toy More. Gilbert suit
les yeux de sa compagne, lit, revient vers elle.
Ils sourient d’abord, puis rient, rient très fort. Les dos
se redressent, les épaules s’ouvrent, les poumons se remplissent. La joie
revient. Le rire, le rire a sauvé la journée.
Le couple de riches retraités sur l’avant du bateau, exposé sur des fauteuils en osier, au regard des badauds, n’a rien vu. Monsieur, aussi chiffonné que son journal, semble compter à rebours les minutes qu’il lui reste à vivre, passif. Madame, passe du vernis sur ses ongles avec des gestes identiques à ceux des plus populaires des mains, la lassitude en plus. Entre les deux, sur la table, un minuscule vase kitch héberge trois œillets bien fatigués. Le pavillon portugais du bateau fera dire à Gilbert que les idéaux révolutionnaires sont bien fanés.
Ils ont compris qu’il existait des vies bien pires que la
leur.
24 septembre 2009
"Je vous parle d'un temps..."
Dans la série "Les poubelles des uns font un malheur chez les autres", un texte de Béa/Plum', qui a choisi :
"Je vous parle d'un temps que seuls connaissent ceux qui n'avaient pas école le jeudi" Merci Béa.
Je vous parle d'un temps que seuls connaissent ceux qui n'avaient pas école le jeudi.
Une époque où le tablier était de rigueur à l'école, où ma classe de maternelle avait cette drôle d'odeur de cire à bois et de pâte à modeler mélangées. Dans trois ans, j'irai à l'école primaire de mon village. C'est la mairie qui abrite les salles de classes dirigées par des bonnes soeurs voilées. Soeur Bernadette (une marrante) au CP, Soeur Pauline-Marie (extrêmement gentille) au CE1 et CE2, Soeur Marie-Célestine (une peau de vache) au CM1 et Soeur Paule (la directrice) au CM2. Tous les matins, les élèves réciteront debout le Notre Père en guise d'introduction à la journée. Tous les matins, Dahlia et moi resterons assises (car de confession non chrétienne) durant ce préambule et cela durant cinq années. A partir du CE2, notre école deviendra mixte. L'Ecole des Filles, à la mairie, accueillera les garçons (chouette !) tandis que l'Ecole des Garçons, à côté des pompiers, recevra les filles.
Je vous parle d'un temps que seuls connaissent ceux qui n'avaient pas école le jeudi.
C'était un temps où beaucoup de mamans ne travaillaient pas, elles amenaient et cherchaient leurs enfants à l'école, deux fois par jour, portaient des foulards sur la tête lorsqu'il y avait du vent, tenaient un filet à commissions. C'était l'époque du goûter « fait maison » avec son épaisse tranche de pain blanc à la croûte dorée et croustillante et sa barre de chocolat au lait ou alors cette même tranche de pain tartinée avec du beurre « encore jaune à l'époque » et sur laquelle on saupoudrait du sucre. Hmmm, quel délice ! Et, pour les digestions difficiles, il y avait la cuillère de bicarbonate de soude. Beurk !
Je vous parle d'un temps que seuls connaissent ceux qui n'avaient pas école le jeudi.
Cet âge où les grandes surfaces et autres centres commerciaux étaient encore sous terre. On allait chez le boulanger (qui vous offrait un bonbon en sucre en forme de bébé et de couleur pastel), le pâtissier, le crémier, le boucher-charcutier (et son incontournable tranche de saucisse de Lyon offerte pour avoir été bien sage), le poissonnier et pour le reste, on allait chez l'épicier. Un temps où la brique de lait avait la forme d'un gros berlingot qui monopolisait une bonne partie du « Frigidaire », où les boissons étaient toutes conditionnées dans des bouteilles de verre. La lessive était en poudre dans de gros barils ronds que l'on recyclait en coffre à jouets, une fois vide. Il y avait la mercière chez qui on achetait les boutons, le fil, les pelotes de laine et le droguiste qui vendait du détachant, des teintures pour tissu, du dissolvant pour les ongles, un peu de maquillage.
Je vous parle d'un temps que seuls connaissent ceux qui n'avaient pas école le jeudi.
Ce temps où la télévision était en noir et blanc, n'avait que deux chaines et que j'avais le droit de regarder uniquement de 19H25 à 19H30. C'était Nounours, Pimprenelle, Nicolas. Une fois le marchand de sable envolé de l'écran sur son nuage, il était l'heure d'aller se coucher. Eh oui, à cette époque on couchait les enfants à sept heures et demie et c'était normal. Cet âge lointain où les familles catholiques s'endimanchaient, le jour du Seigneur, pour aller à l'église, en laissant mijoter à tout petit feu la blanquette ou le bourguignon de midi.
Je vous parle d'un temps que seuls connaissent ceux qui n'avaient pas école le jeudi.
Cette fameuse époque où beaucoup de voitures avaient des sièges recouverts de simili cuir qui brûlait les cuisses et le dos en plein été. Une ère où le GPS n'existait pas et qui créait de sales disputes entre le conducteur et sa copilote lorsque cette dernière n'arrivait pas à lire la carte routière. Les voitures n'avaient pas de noms très compliqués, elles s'appelaient R4, R5, R6, R8, Diane, Deuch, 304, 404, 504, Triumph, Coccinelle...
Je vous parle d'un temps que seuls connaissent ceux qui n'avaient pas école le jeudi.
Un temps où l'on se disait « bonjour » dans la rue même lorsque l'on ne se connaissait pas, où les enfants étaient polis, savaient jouer avec des jouets, avaient un univers imaginaire bien présent. Une époque où il y avait si peu d'abonnés au téléphone que les annuaires avaient l'épaisseur d'un journal de programmes télévisés actuel. De temps en temps, cela sonnait à la porte, souvent en soirée, les dimanches ou les jours fériés et c'était un voisin qui demandait à pouvoir se servir de notre gros combiné noir. C'était la plupart du temps pour appeler un médecin, pour une urgence quelconque et il tendait à mon père (qui refusait, bien entendu) un franc « pour le dérangement ». C'était cette même époque des pièces de 1 et 2 centimes que ma mère me donnait « généreusement » afin que je puisse jouer à la marchande, les billets de banque à l'effigie de Voltaire, de Racine, de Corneille et le si convoité Pascal.
Je vous parle d'un temps que seuls connaissent ceux qui n'avaient pas école le jeudi.
Un temps où l'argent n'était pas forcément très présent mais dont l'absence laissait tout de même une place importante à la douceur de vivre, aux petits bonheurs, aux autres... Un temps où les voitures étaient nettement moins rapides, où l'on croisait des Solex à la place des motos mais un temps où l'on n'était presque jamais en retard... Un temps où l'on n'avançait ni ne reculait d'une heure deux fois par an, mais un temps où les printemps étaient fleuris et plein d'hirondelles, où les étés étaient chauds et beaux, où les automnes rendaient les arbres roux et jonchaient les trottoirs de marrons et de pommes de pins, où les hivers connaissaient la neige, le verglas, les températures négatives, les Noël blancs.
Je vous parle d'un temps que seuls connaissent ceux qui n'avaient pas école le jeudi. Et je ne l'ai pas connu bien longtemps ce temps-là puisqu'en 1972 nous sommes passés du jeudi au mercredi sans école. Mais je m'en souviens bien, de cette époque et, à la fin de la rédaction de ce billet, je me rends compte que je souris. Et depuis un moment...
23 septembre 2009
Grand-Père
Report du billet prévu en dernière minute,
pour cause de naissance d'une petite Maya
qui a eu la bonne idée de naitre 1h 25 avant la fin de l'été.
Elle me fait Grand-Père d'un coup.
Ses parents vont bien.
Et... c'est tout ce que je peux dire pour l'instant.
22 septembre 2009
L'opinion publique
L'opinion publique a une sale manie. Elle hurle avec les loups. Et depuis que le media moyen et surtout télévisuel amplifie, l'opinion publique assène la vérité. C'est formidable. Plus rien ne se discute. Et si tu n'es pas pour, tu es contre.
L'opinion publique aime les caniveaux. Elle y chemine à sa hauteur. Tous les caniveaux mènent au comptoir du coin exporté sur les écrans personnels. C'est formidable. Les dictateurs d'antan n'ont qu'à bien se tenir. La voix de la France, c'est la voix de la fange.
L'opinion publique a d'autres manies. Elle est contre. Le politiquement correct ce n'est plus le pouvoir qui le décide, c'est la machine infernale de l'opinion publique qui fait des boules de neige à la sauce media.
L'opinion publique sait toujours ce qu'il faut répondre pour être dans l'vent. L'opinion publique crée ce qu'elle dénonce. Et défend l'indéfendable. Elle ne juge plus en fonction de faits et de comportements, elle juge en fonction de l'auteur et de sa position sociale. L'opinion publique est dictateur.
"On marche sur la tête" pourrait-on dire. Ou "c'est le monde à l'envers". Jugez plutôt.
Des excités, sous prétexte de subir les difficultés de l'époque, se croient légitimes à détruire du matériel préfectoral ou des corbeilles boursières.
Ils laissent parler leurs pulsions plutôt que leur raison. Saupoudrent le tout de l'effet de groupe. Et l'opinion publique applaudit.
D'autres hordes d'illuminés investissent des champs privés, certains pour faire des fêtes délirantes, d'autres pour arracher une production légumière. Et l'opinion publique en fait des héros.
Quelques exaltés déversent des betteraves ou du lait sur la voie publique avant d'aller saccager des rayons de supermarché. Et l'opinion publique les désigne comme victimes.
Des terroristes prennent leur supérieur hiérarchique en otage, le séquestrent plusieurs jours. Et ? Et l'opinion publique les prend pour des Résistants. (Un jour, ils tondront ceux qui veulent aller travailler peut-être)
Le pire : Des détresses personnelles sont exploitées et certains s'en servent comme arme de chantage et de négociation.
On pointe la violence du monde du travail, qui est un fait discutable en certains endroits disons "privilégiés". Quelques uns ont eu un choc thermique, on leur a inversé leurs références ; aujourd'hui tout salaire mérite travail. Pour eux, ça change.
Mais on oublie de dire que chacun peut se situer par rapport à cette violence. On ne joue pas sa vie pour du travail ou des avantages acquis. On ne joue pas avec la vie de ses proches. On peut aussi anticiper, réfléchir, ajuster, au pire fuir, plutôt que mourir ou risquer de le faire.
L'opinion publique ? Elle ne croit pas que chacun a les moyens de faire autrement. L'opinion publique est méprisante.

Alors, soit le monde est à l'envers, soit il existe un monde parallèle.
Et l'opinion publique ?
L'opinion publique, narcissique, se mire, s'admire au ras du sol et se demandera un jour, pourquoi elle est tombée dans l'eau.
Autre chose : Ce soir Arte "Le dessous des cartes", 2 émissions à la suite "Une histoire du charbon" et "L'avenir du charbon"
21 septembre 2009
Les poubelles des uns font un malheur chez les autres
Quand je suis tombé sur ce texte de Didier, j'ai déprogrammé mon billet du jour. Obligé. (Claudio)
"L'autre jour, sur son blog Ambition Passion, Claudio a lâché dans la nature 21 expressions qu'il s'était notées dans un coin et qui auraient pu (dû ?) faire l'objet de billets.
Il a proposé une sorte de défi mots, invitant celles et ceux qui se
sentaient inspirés à faire des chroniques. Il les publiera chez lui. Je
suis en train d'essayer d'en griffonner quelques unes.
Mais l'exercice n'est pas simple.
Alors
en attendant, j'ai pondu un texte dans lequel toutes les expressions
figurent. Elles sont en gras dans le texte ci-dessous. Cadeau du
dimanche. Je me suis bien amusé !
Un jour, comme mû par une indicible force d'attraction - à moins que ce ne soit du fait d'une naïveté érigée comme force - je me mis à farfouiller dans une poubelle.
Elle
était là, et si je dis poubelle, ou corbeille, c'est pour bien me faire
comprendre. Pour que vous ayez une représentation minimale. Car elle
n'avait pas du tout l'aspect d'un vide ordures. A dire vrai, elle ne
ressemblait à rien mais le fait est que je mis à presque fouiller
dedans. Comme pour sortir d'un conditionnement.
Presque, car en vérité, c'est elle qui me parla. Susurrant des mots.
Décousus, de prime abord. Au point que sur le coup, je pensai à une
langue étrangère. Tout cela semblait si décousu. Mais je tendis mieux
l'oreille, il faut dire qu'à cette période, je vous parle d'un temps que seuls connaissent ceux qui n'avaient pas école le jeudi, je cogitais pas mal à l'idée d'endosser le métier d'écouteur. Ne cherchez pas. Il n'existe plus. Et c'est bien dommage.
Je
me rendis compte, alors, écoutant mieux, que ce qui était dit ne
ressemblait finalement ni à un fatras, ni à une quelconque production
estampillée Guerrill'art. C'était dans ma langue.
Mon régime sensuel m'empêche de m'aigrir, me susurra la poubelle dentelle, ce qui n'était pas banal ne le nions pas.
Je pris ces mots pour moi puisque nous n'étions que tous les deux.
Il y eu un temps comme suspendu dans l'air, évidemment. Puis elle reprit : Arrêtez de croire ceux qui veulent que vous restiez petits....
Ce fut dit plus doucement encore, au point que je me rapprochai davantage. J'étais séduit. Ce vouvoiement me plaisait.
Sans doute était-ce mon côté communiste libéral ? Ou, plus inconscient, mon esprit larbin qui se manifesta alors ? Toujours est-il que je me rapprochai encore et encore, la frôlant.
Quand soudain... Paf !
Je
reculai d'un coup. Je chu, en fait. Terrassé par ce qu'elle venait de
me dire. Upercut. Révélation. Arrêtez de croire ceux qui veulent que
vous restiez petits... J'avais mon secret. Elle me tendait la clé. Deux
secondes avant, c'était la nuit. Je buvais de l'eau fourbe. Là, c'était
pétillance et compagnie. Le rentier pauvre que j'étais n'avait nul besoin de champagne.
Aide-moi, le ciel t'aidera, affirma-t-elle, cette fois d'un air impérieux.
Proche de l'hypnose, je n'eus guère le loisir de méditer sur la frontière entre pathologie et bêtise. La
cause était entendue. La conséquence esquissée. La valeur n'attend plus
le nombre des années, lui répondis-je, plutôt fier de ma répartie.
Décision était prise. Ecouteur, j'étais. Ecouteur je serais.
Ni une ni deux, je regardai à droite, à gauche, au centre.
Décision était prise mais doute était grand.
Tout cela me semblait tellement... surnaturel...
Etait-ce possible que ce fut aussi simple ?
Quelques minutes avant, je me disais, que c'est compliqué, la simplicité, je pensais à du Picasso et à un dessin d'enfant, me demandant qui de l'oeuf et de la poule, et maintenant, il me suffisait sans doute juste de tendre la main.
Allais-je réussir à percer ces bétons armés que me semblaient être les binômes Charité/ pitié et Compassion-Mépris ? N'était-ce pas trop honnête pour être honnête ?
J'étais déterminé.
A faire mes premiers pas d'écouteur. Seul. Dans la rue. Avec cette poubelle qui me parlait.
Je n'avais pas envie de penser à la "prétendue" influence absolue des femmes sur les hommes. Foutaises !
Les
habits d'écouteur me tendaient les bras, je ne voulais ressembler ni à
mon médecin et son air docte stétoscope en main. Ni à tous ces gens
croisés dans la rue avec des bouts de machin plantés dans les esgourdes
à qui j'avais en permanence envie de gueuler, car forcément on gueule
avec les pots, Maintenant ça suffit !
Cet air de Servez-vous en ces temps Pay Pal me pertubait, c'est clair.
Simple ? Simpliste ? La poubelle eut les derniers mots avant de disparaître.
Je pouvais commencer. C'est comme ça !?"
