Ambition Passionneur

le blog de Claudio Orlando

12 novembre 2009

La Question du Dimanche rebondit

Ma dernière question du dimanche n'a pas eu, selon moi, le retentissement escompté.
Entendons-nous bien. Jamais ici on ne court après les statistiques ni après les commentaires. C'est le fond qui m'intéresse.

J'avais choisi quatre exemples et leur avais collé des adjectifs qui reflétaient ma réaction à propos des situations évoquées. Deux commentaires remarquaient qu'on pouvait reformer des couples adjectif/situation. C'était très juste.
Et Ugo finit par se (nous) demander si la différence entre "c'est désespérant" et "c'est révoltant" était générationnelle ?

Je comprends qu'une même chose pourrait nous révolter jeune et nous désespérer plus tard, lorsqu'on aurait compris qu'on y changerait rien ; lorsqu'on essaierait de faire passer du désenchantement ou de la résignation pour du détachement ou de la sagesse.
La question est donc intéressante. A chacun de se la poser.

Je reviens aux situations décrites :
Je remarque que de plus en plus, on s'offusque facilement du médiatiquement symbolique (un yacht, un restaurant, des dépenses somptueuses, des gaffes de langage...). Et on oublie de se scandaliser pour des évènements quotidiens qui devraient systématiquement être dénoncés par tout citoyen digne de ce nom. Avec ou sans caméra. Avec ou sans écho. Je pense que chacun, ce faisant, vivrait mieux avec lui-même et sans doute mieux avec les autres.
Mais taper sur les puissants ou sur les pouvoirs anonymes, c'est tellement plus facile. Poujadiste et gratifiant. Démagogique et imbécile. Moutonnier et dans l'vent.
La révolte sage, quotidienne et sans cible désignée a plus de panache. C'est une révolte éthique. Elle prend des risques. Elle paie le prix.
Gueuler sans risque, c'est se plaindre sans ambition.
Gueuler sans risque, ce n'est pas être rebelle, c'est être opportuniste.

Je me demande si, du coup, je n'ai pas répondu à l'interrogation d'Ugo.
Et je crois qu'un seul adjectif aurait suffi pour le billet de dimanche.
Scandaleux. Oui, "scandaleux" aurait suffi.

Posté par Claudio Orlando à 00:01 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Retentir

Je travaille dans la communication. Régulièrement, je suis au contact de journalistes.
Lors qu'on est sur de l'information positive, ils rechignent, disent que ce n'est pas intéressant, que ça n'intéresse pas les gens. Est-ce sûr ?
Lorsque l'on est sur de l'information qui peut permettre de montrer du doigt (et plus si affinités) l'institution pour laquelle je travaille, là, par contre, ça se passionne. Enfin... Le journaliste se passionne. Mais les gens y captent-ils quelque chose ? Pas sûr !
Tout cela pour dire quoi ?
Que "les assis devants" (le journal, la télé) s'offusquent aussi avec ce qu'on leur donne. Et c'est paradoxal car c'est à la fois chiche et overdosant. On donne tellement, l'air de rien, par tant de médias différents (et je ne pense pas, ici, aux seuls médias "d'information" mais plus largement aux sollicitations diverses et variées qui tombent dans les boites aux lettres, les boites mail, sur les lieux de travail, dans les espaces publics, les salles d'attentes, etc.), qu'au mieux ça gobe, qu'au pire ça se ferme.
Bien sûr, on peut débusquer plein de choses sur le net, se forger sa propre opinion, tout ça.
Mais gueuler avec la meute, ce n'est pas forcément un sport national, c'est aussi peut être parfois un aveu d'impuissance.
Il y a pire, et rampant, je crois : toutes celles et ceux qui ne disent plus rien. Ne pensent plus. N'osent plus. Ils ne gueulent pas. Ils ne se révoltent pas. Ils vivent comme ils peuvent.
Plus que du "générationnel", je vois là du "sociétal" ou l'esprit collectif s'est délité, cédant place à des individus. Certains agissent, d'autres réagissent, d'autres gueulent avec la meute, d'autres dans leur coin.
Cette "division", certains l'ont parfaitement intégrée... malheureusement...
Mais je m'arrête-là. Je suis peut-être hors sujet ;-)

Posté par Didier, 12 novembre 2009 à 17:07

Intéressant.

Pas hors sujet Didier mais tu ne peux pas encore imaginer à quel point tu fais la passerelle avec mon billet programmé pour samedi.
Merci.

Posté par Claudio, 12 novembre 2009 à 18:04

Didier, c'est quoi être français aujourd'hui?
Gueuler avec la meute? ne plus rien dire, Ne plus penser, ne plus oser, ne plus se révolter?
Plus que du "générationnel", je vois là du "sociétal" ou l'esprit collectif s'est délité, cédant place à des individus. Certains agissent, d'autres réagissent, d'autres gueulent avec la meute, d'autres dans leur coin.
Putain, on dirait du Tiphaine mais en vachement plus sympa ! :-) Dis-moi Didier, quel est ton secret?
Un jour, sur mon blog, tu as laissé ce beau commentaire :
"Je crois que les rêveurs rêvent toujours. Sans muselière. Ils rêvent peut-être davantage en silence. Pendant que le monde bavarde. A rien d'important. Ou alors ils rêvent avec discrétion, dans leur quotidien, ils cultivent leur jardin. Pour eux. Pour d'autres. Cailloux de la garnde rivière. Rêver sans trop oser le dire, rêver en se disant un jour je ferai, et si certains ne feront jamais, d'autres font, feront, ont fait. Sans toujours mots dire et sans vraiment maudire. Ils sont... ailleurs. Oui, ce doit être le mot. Ailleurs. Alors on ne le voit pas. Ce "on" n'est d'ailleurs pas le même "on" que "on est un con". C'est un autre "on". J'en connais. Tu en connais, sans doute. Chacun en connaît.
Que d'autres, qui ne rêvent plus, ou pas, leur mettent la muselière, cela me semble tout à fait plausible. Et alors, ai-je envie dire? Et alors ?
Ce n'est pas bien grave, si ? "
Tu trouves toujours que c'est pas si grave?
(c'est très sérieux comme question, et absolument pas polémique, j'aimerais vraiment savoir et pardon Claudio si je squatte ici, mais il me semble que c'est important, je sais que toi aussi tu le penses en fait, sinon tu n'aurais pas refait de billet sur ta question! enfin, je crois!)

Posté par Tiphaine, 12 novembre 2009 à 19:49

oui, pareil. Je pense tout pareil.
Ce ne m'empêche pas de trouver que plein de choses graves se passent.
Sous notre nez.
Parfois même dedans.
J'essaie de dire, de montrer, de dénoncer, de proposer, de faire, de réfléchir, de sentir, de savoir, de ne plus savoir.
J'y parviens parfois.
Fataliste ?
En tout cas, je ne sais pas c'est quoi être français aujourd'hui.
Tout dépend, en fait, du prisme avec lequel je m'essaie à répondre.
Si je décris ce que je vois, ce que je ressens, je dis ça craint d'être français aujourd'hui.
Je ne suis pas fier.
Si je décris ce que je crois, ce en quoi je crois, et que je me dis c'est ça être français aujourd'hui, je vais déjà mieux.
Mais dans ce cas, je quémande un peu de temps. Pour y réfléchir et ne pas écrire trop à la va-vite ;-)

Posté par Didier, 12 novembre 2009 à 20:15

Squattez les amis, squattez donc !
Pour le reste, je ne suis pas du soir. Alors je ne suis pas sûr d'avoir tout bien "comprendu". Alors, je me replongerai et rebondirai sans doute demain. Peut-être.
D'ici là le débat aura peut-être rebondi encore grâce aux couche-tard.

Posté par Claudio, 12 novembre 2009 à 20:39

désquattage

@ Tiphaine : j'ai contribué là : http://lecanarducoin.blogspot.com/2009/11/le-francais-que-je-suis.html
Tu me diras ce que tu en penses ;-)

Posté par Didier, 12 novembre 2009 à 20:55

Moi aussi, le pire, c'est que je pense toujours pareil, je trouve que c'est grave.
Mais pour le reste, je ne peux qu'être d'accord !
Je file sur ton squat! (merci Claudio!)

Posté par Tiphaine, 12 novembre 2009 à 21:43

Anesthésiant

En effet, se contenter d'attendre que les grands media me désignent quelle est la cible du jour, ce n'est pas très constructif.
Je tolère bien malgré tout ces procédés, car l'inverse me gènerait encore plus : que les (la ?) bêtises d'un homme qui est sensé représenter mon pays (mais peut-être le représente-t-il vraiment ?) soient faites dans l'indifférence générale, nous accoutumant ainsi à de plus en plus énorme.
Car c'est là un des procédés de ce fameux représentant-de-la-France : empiler les mauvaises nouvelles et les réformes indignes à un rythme le plus soutenu possible, afin d'haniler les réactions - et cela semble marcher, du moins jusqu'à aujourd'hui.
C'est vrai que c'est moins courageux, tant pour celui qui dénonce que pour celui qui approuve, mais la vie sociale ne peut pas être ramenée à la simple somme des vies individuelles. Je me méfie des symboles, mais face à un symbole (une montre au prix surrévalué), pourquoi pas en opposer un autre (un déferlement médiatique, public) ?
Nous serait-il encore possible de faire, comme les premiers chrétiens, des confessions publiques ?

Posté par L U C, 13 novembre 2009 à 15:17

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