En plus de leurs prénoms Daniel et Daniel ont quelques points communs. Il leur faut accaparer l'attention, c'est leur oxygène. Sans le rôle de vedette, ils ne peuvent survivre. Alors, chacun à sa manière, ils fanfaronnent, ils occupent l'espace, ils aimantent les "bon public". Pas dans le même style, ils ont été beaux gosses dans leur jeunesse et les succès faciles leur ont fait croire des choses qui empêchent de se construire. Spécialistes en apparence et bouffonnerie, ils font illusion longtemps auprès du plus grand nombre. Seuls quelques éclairés flairent l'arnaque mais n'en disent mot, leur ridicule les a déjà tués et les sages refusent toute compétition.
Quand Daniel et Daniel se retrouvent ensemble dans la même assemblée, que croyez-vous qu'ils font ? Un combat de coqs ? Pas du tout. Ils ouvrent chacun leur feu. Ils s'évitent. C'est le public qui navigue de scène en scène.

Daniel Armani est ainsi baptisé à cause de son habitude à toujours expliquer où il a acheté ses vêtements, combien ils coûtent et la réduction qu'il a pu obtenir, lui, qui sait si bien se débrouiller.
Un mélange de Delon et de Renouvin, (mais qui connait Renouvin ?), il est bobo depuis bien avant l'invention du terme. Dédaigneux avec le petit peuple, il pousse le mépris jusqu'à le valoriser aux yeux des autres, comme un châtelain ferait copain-copain avec les jardiniers.
Il est cultivé et sait le montrer et le démontrer. Il méprise les "congés payés" qui prennent l'Autoroute du Soleil et va trainer son pull marin rayé du côté de Belle-Île parce que le prix de la traversée, ça trie son monde. Lorsqu'il vous raconte sa vie, tendez bien l'oreille, avec tout ce qu'il a fait, il a 150 ans. Prenez-le en défaut de mensonge qu'il en rigole, fier de son effet. Et le public féminin ne l'en trouve que plus charmant tant il est faillible.

Daniel Route 66 doit son surnom à un voyage qui l'a tellement émerveillé qu'à chaque rencontre, il vous refait le récit de ses aventures. Si celui-ci n'était pas fluctuant, on s'en lasserait. Mais un baratineur professionnel, volontairement ou pas, se doit de faire de l'effet ; aussi, il aménage.
Sosie cultivé du grand Johnny, il parle fort et a un avis sur tout. Et quel avis ! Celui de la rue, conclusion, jugement, ressenti. Ne comptez pas sur lui pour argumenter, parce que "Moi je te le dis" aime à répéter "que c'est comme ça et pas autrement". Quelques blagues salaces récurrentes lui servent de guide et l'approbation par le ricanement de réconfort. Les phrases toutes faites, c'est son vocabulaire. Il est du genre à s'amuser en mettant le serveur mal à l'aise parce que c'est lui qui paye.
Et il ne se laisse pas faire le rocker, une encyclopédie d'anecdotes où il a su se faire respecter atteste de ses exploits. "Alors là, je lui ai dit..." est un héros, à croire que le Bon Dieu l'envoie pour redresser ce monde tordu à coups de santiags.
Lorsqu'en bon cow-boy il a vidé le whisky, là, on atteint des sommets. Car Monsieur philosophe. Oublier toutes vos références, toutes vos humanités, car la Vérité surgit, elle est là, à portée de main et vous ne l'aviez pas vu. C'est le Messie en personne qui vous fait la leçon. Et les larbins applaudissent.

Daniel et Daniel sont des caricatures. On serait indulgents avec leurs égos s'ils ne polluaient pas tout ; le temps, l'espace, les relations, tout vous dis-je. Ils sont pitoyables et imbuvables. Et tant qu'il y aura des médiocres pour leur faire la claque, ils séviront.
Les ridiculiser serait trop facile et vous rangerait illico dans le camp des jaloux ou celui des méchants. Alors, prions pour eux, c'est tout ce qu'il nous reste. Prions pour eux, pour qu'enfin ils nous foutent la paix.