10 février 2010
Marcello, coureur
Cela lui tomba dessus d'un coup. Comme une révélation.
C'est plus précisément la conscience de la chose qui lui tomba dessus. Car le phénomène, lui, s'était installé à son insu. Lentement, gentiment, sournoisement même.
Marcello, l'âge aidant, était devenu coureur.
Un démon de midi duquel il s'était toujours cru à l'abri. Il avait certes l'appétit, le goût, l'envie d'aller de l'avant, de sortir, de découvrir. Observateur et curieux, il ne s'arrêtait pas à la surface, il cherchait toujours du sens, de celui qui bouscule son pluriel.
Lui le casanier, homme d'une seule passion, celle de la vie, pour la vie, se découvrait fidèle et butineur à la fois. Butineur sain mais butineur quand même.
Lui qui défendait l'idée que l'expérimentation théorique était suffisante, se découvrait des velléités de travaux pratiques.
Sélectionneur hors pair, il savait lire au cœur, choisir son terrain. Coureur, soit, mais de courses sensuelles, de surfaces vives, réactives, accueillantes et habitées ; là où il pourrait offrir le suc de son art, l'essence de sa puissance, le cœur de sa passion.
Il se tenait éloigné des terres trop complexes, accidentées, tortueuses, cabossées, trop fréquentées, accessibles au premier venu et, bien entendu, il se refusait les autoroutes à péage. Sain parmi les sains.
Marcello, l'âge aidant, était devenu coureur.
Véritable Forest Gump, il avalait la vie en kilomètres. Drogué au plaisir de sa passion, il s'offrait à tous les vents. Petites, grandes, plates, vallonnées, citadines ou sylvestres, printanières ou automnales, il y courait, pourvu qu'elles aient du caractère et de la poésie, qu'elles sachent recevoir sans artifices.
Il laissait les activités éphémères aux sprinters, coureurs précoces à salve unique, qui courbent le dos en quelques secondes.
Lui s'attachait au fond. Et personne ne l'en décollerait.
Plus aucun 10 kilomètres, aucun semi-marathon, aucun marathon, épreuve reine, ne lui échapperaient désormais. Et pour les courses sans soleil, il s'était juré de le leur inoculer, définitivement.
Marcello, l'âge aidant, était devenu coureur de fond.
09 février 2010
Igor et Vanessa
Igor a un beau métier. Il est steward, "hôtesse-à-couilles", comme aiment à se qualifier les loufiats embarqués.
Les autres le croient homosexuel. Lui se dit pédé. Car seuls les hétéros ont des pudeurs de langage le concernant. C'est un peu comme les Blancs qui s'interdisent de parler de nègres.
Igor a donc sa négritude assumée. Depuis longtemps. Il a fait son coming out à l'âge où l'expression lui était encore inconnue.
Jusque là, la vie du steward est bien huilée. Tout va bien. Il monte. Il descend. Change d'avion et d'escales régulièrement. Il a l'existence dont il avait rêvé.
Mais la non-routine finit, elle aussi, par devenir routinière à l'image de ses révoltés systématiques symbolisant les nouveaux conservateurs.
Alors, Igor a d'autres envies. Il veut, tout simplement, changer. Changer de sexe.
Changer de sexe ? Fichtre ! Ce n'est pas rien. Quelle lubie !
Il franchit une étape, change de catégorie. Ses amis ne comprennent pas. Ils ne connaissent personne d'aussi équilibré, d'aussi bien dans sa peau que le bel Igor. Pourquoi se compliquer la vie avec des idées aussi farfelues qui ne relèvent d'aucun mal-être, d'aucune frustration.
- J'ai mes raisons, répond-il sobrement, j'ai même choisi le prénom.
Au fil de ses pérégrinations, c'est en Hongrie, lors d'une escale qu'il a déniché le chirurgien qui veut bien s'occuper de la chose sans, ni poser, ni se poser de questions.
Comme chacun sait, les tarifs chirurgicaux dépendent de la longitude. Plus on penche à l'Est et plus la facture penche en sa faveur.
Meilleur prix. 3 900 €.
3 900 € pour changer de sexe, c'est donné.
3 900 €, c'est presque le prix de la fiesta organisée par Vanessa à son retour de Budapest.
L'opération a réussi. L'hôtesse-à-couilles est devenue hôtesse au sol et personne n'y trouve à redire. Pas même son employeur.
Vanessa est aussi heureuse que l'était Igor. Preuve qu'à l'extérieur ou à l'intérieur, le bonheur reste le bonheur.
C'est seulement après quelques whiskies bien tassés que Vanessa confie "ses raisons" à Xavier, l'ancien ami éconduit et dépité.
- C'était la seule façon de devenir lesbienne, lâche-t-ille.
08 février 2010
"Claudio à la Course du Soleil"
Commençons par les remerciements :
Merci à Dominique pour le titre du billet.
Merci à Barbara pour les photos qui suivent, l'effort d'être venue m'encourager et tout et tout.
Cette course est magnifique ! Je ne le dirai jamais assez. Ce n'est qu'un semi-marathon mais quel bonheur ! Pour ceux qui ne connaissent pas la région, il faut imaginer un départ du port de Nice et 21,1 kilomètres pour atteindre le Stade Louis II à Monaco en surplombant la mer. Hier le temps était splendide. De quoi se remplir d'énergie pour plusieurs vies. Le soleil sur l'eau, la baie de Villefranche, Saint Jean Cap Ferrat... Bon, j'arrête.
Beaucoup d'absents cette année. Mon compagnon de course habituel à l'excuse bidon (Monsieur est aux sports d'hiver), Clotilde, croisée en civil, avec un mot d'excuse en béton et Patrick, excusé une fois par Clotilde et une seconde fois par Dominique.
Quelques présents, tout de même. L'ami LChe euphorique qui termine trois minutes devant moi ; normal. Et Laurent (le Laurent de Clotilde) que je double au 10ème kilomètre. Là, pas normal. Lui qui avait explosé les compteurs pour son premier marathon. Je retrouverai le couple à Rome au pied du Colisée pour une aventure marathonienne le 21 mars prochain.
Pour ma part, j'avais un objectif de moins de 2 heures et je fais 1h 57' 26" soit 1' 07" de mieux que l'année dernière et comme chacun d'entre nous, j'ai un an de plus. C'est vous dire si je suis content.
Après un départ frisquet, il a fini par faire trop chaud. L'ambiance est toujours aussi sympathique. C'est ma 5ème participation. J'ai pris conscience cette année du profil très accidenté de cette course. Cela oblige à une adaptation permanente et à des changements de rythmes assassins. (Pentes raides et douces, courtes et longues, descentes, marches, virages serrés, circulation, trottoirs, tunnels, dos d'ânes...)
Le clou de l'année : A mi-parcours, Barbara est là avec un panneau confectionné pour l'occasion (voir plus bas) et son appareil photo. Le bisou de MaDame avant le départ m'avait porté jusque là et la bise de Barbara m'a poussé pour l'autre moitié. Les produits énergétiques peuvent s'aligner, (fussent-ils du budwig en tube - private joke -) ces boosters-là n'ont par leur égal.
Je me rends bien compte que ce billet est un peu auto-centré. Tant pis. C'est fait.
07 février 2010
La page Blanche du Dimanche
Tous les dimanches ici, c'est Page Blanche. Chacun gribouille ce qu'il veut.
06 février 2010
3 petits points par l'Abbé C.
Aubry Martine : Je suis assez sévère avec le PS et sa secrétaire générale pour me permettre de dire à quel point j'ai été satisfait et même impressionné par l'une de ses dernières interventions.
C'était dans une émission de télévision où elle a affirmé courageusement qu'elle n'aurait jamais accepté une femme voilée dans une liste socialiste. Bon sang, que ça fait du bien ! "Je n'aurais pas accepté que sur les listes socialistes, il puisse
y avoir une femme voilée...c'est une annonce d'une religion
qui doit rester du domaine privé et qui ne doit pas rentrer dans le
champ de la République... Je pense que la religion est du domaine privé et que tout ce qui peut
entraîner du prosélytisme dans la République me paraît contestable" (Martine Aubry)
Blog. Le point : C'est assez contraignant de piloter un blog au quotidien. En ce moment par exemple, j'ai le sentiment d'être un peu trop léger, moins exigeant. A vouloir compenser le trop sérieux, on s'égare. A vouloir éviter l'emphatique, on simplifie à l'excès. Alors forcément, la ligne droite est difficile à tenir. On passe son temps à compenser, à rétablir. Un billet trop léger voisinera avec une discussion plus profonde. Un récit coquin avec un autre plus moral etc. etc.
Soucieux de ne pas réagir, de ne pas faire un blog d'humeurs, l'attention et la vigilance sont permanentes.
C'est assez contraignant, disais-je.
Et, fatalement, arrive l'heure où on se répète, on tourne en rond. On y est.
Mais je persévère.
Mon ancien blog a duré 480 billets. Celui-ci a dépassé les 500 sans que je m'en aperçoive.
"Du quotidien ou rien" reste mon credo.
Alors, pas de faux adieux et pas de vrais adieux.
Je continue.
On est sur terre ni pour se reposer, ni pour s'amuser, ni pour se faciliter la vie.
On est sur terre pour donner, s'aimer, se mélanger et se simplifier la vie.
On est sur terre pour l'embellir et pour embellir la vie.
Je continue.
Chance ou malchance : C'était hier. Une chronique de France Info. Très courte. Le temps d'une petite vaisselle. Un invité décrivait les résultats d'une recherche très scientifique sur la chance et la malchance. Et voilà qu'on nous sert des banalités, ce que tout le monde sait, que la chance ou la malchance n'existent pas, que seuls l'état d'esprit et les comportements adéquats permettent d'aller vers ce qui ressemble à l'une ou à l'autre. Mais c'est de l'info ça ? Un chercheur teste des milliers de personnes, écrit un bouquin, le diffuse, France Info le reprend. Mais où va ce monde ? A ce compte-là, je fais 10 conférences par jour pour délivrer des messages déjà décodés par tout le monde. Un peu agaçant pour dire vrai. (Rassurons-nous, la vaisselle n'a pas eu à subir mon agacement)
05 février 2010
Porte-toi bien !
J'aime beaucoup cette phrase : "Porte-toi bien"
Mais je déteste l'impératif. Et la position paternaliste qu'on peut y voir.
Me voilà un peu embêté. Cela ressemble à une injonction, un ordre, une pression sur l'autre.
Le voilà obligé de se bien porter au risque de culpabiliser de n'avoir pas fait ce qu'il faut ou d'avoir désobéi.
On pourrait rester simple et expliquer qu'il s'agit d'un vœu, d'un souhait généreux et fraternel. Alors pourquoi ne pas dire "Je souhaite que tu te portes bien" ou "j'émets le vœu que tu te portes bien". Ce serait plus juste. Mais, ce faisant, on a contredit le "rester simple"
C'est compliqué cette affaire.
Finalement, je fais une concession à l'impératif car l'essentiel est ailleurs.
"Porte-toi bien", envoie un message clair concernant la part de responsabilité et de pouvoir que chacun a sur sa santé, sur son bien-être. C'est à toi de te porter et en plus de le faire bien.
De la même façon que nous devons faire en sorte de ne pas faire dépendre notre équilibre, notre bonheur, notre vie, d'évènements extérieurs, nous avons à prendre en charge notre propre existence et surtout sa qualité.
La vigilance et la conscience sont le prix de la liberté. La responsabilité est devoir et cadeau, cause et conséquence.
Quelque esprit tordu pourrait relever que "se porter" sous-entend que nous serions un poids pour nous-même. Certes. Pendant ce temps-là, on ne l'est pas pour les autres et c'est déjà beaucoup. J'ajoute qu'on peut aussi y lire que nous avons les moyens, les muscles, la force nécessaire pour le faire. C'est possible.
Contenu et contenant. Porté et porteur. Vive l'autonomie. Elle permet d'être libre et disponible pour les autres.
Faire le choix de se porter bien, c'est alléger les autres, prendre ses responsabilités, s'estimer, se respecter.
Lorsqu'on nous dit "Porte-toi bien" on nous souffle que nous avons les moyens de faire en sorte de bien nous porter.
Et pour conclure ces divagations très rapides du petit matin :
Porte-toi bien ! Aujourd'hui, demain et toujours ! Tu me feras le plus grand bien.
04 février 2010
Le cinquantenaire... de Gauche
Déjà paru chez Claudiogène le 24 octobre 2007
Le cinquantenaire
de gauche est un Ravaillac qui n'a rien fait. Écartelé entre tradition
et modernité, il a fait des va-et-vient constants.
Quand il se croit jeune, on le dit vieux et quand il se croit vieux, on le dit jeune.
Il
pense être au milieu du chemin mais l'horizon s'approche. Il voudrait
servir à quelque chose sans savoir à quoi, tant il passe son énergie à
se justifier auprès des anciens et à se justifier auprès des nouveaux.
Il négocie avec son corps déjà et rend les armes souvent.
Pour
ne pas se renier, il invente des formules telles que "le doute est la
seule certitude" ou "être de gauche, c'est juste l'affirmer".
Il a fini par admettre les nuances et voudrait faire gagner du temps aux autres. Rigoriste à ses heures, il s'arrange avec les définitions et les aphorismes réducteurs.
Un jour, il défend Internet et le lendemain les pleins et les déliés.
Lui qui détestait les "yaka", les emploie de plus en plus.
Il
croit encore que les films en noir et blanc sont meilleurs et, passant
au numérique, a la nostalgie de l'odeur du fixateur lorsqu'il
développait ses clichés.
Il repousse la publicité et la consommation et trouve les plus jeunes bien embourgeoisés et conservateurs.
Ancien combattant, il fait des jeux de mots pourris dont ses enfants ont honte et finit vieux con battu.
Il s'accroche à ses cheveux longs, mais ses cheveux s'accrochent de moins en moins.
Il
suit toujours les conseils du guide du Routard et est toujours déçu. Il
s'habille au Vieux Campeur et le regrette après. Il croit que
randonner, c'est faire du sport. Attaché au service public, il est
jaloux du privé. Il trouve la Côte d'Azur superficielle et voyage avec
Terres d'Aventure puisqu'il peut se le payer.
Il se demande toujours pourquoi on le prend pour un prof et pourquoi, autrefois, il votait pour la FCPE.
Plus
jeune, il montait les marches une à une. Désormais, il se prend pour
Villepin à Matignon et avale le perron en un saut... il a des choses à
se prouver.
Contrairement aux idées reçues, il ne part pas toujours
avec une plus jeune, mais, il arrive très souvent qu'une plus jeune
veuille partir avec lui.
Première victime des "réalités économiques" il les défend pourtant.
De
plus en plus souvent, il doit refaire un C.V. et quand il se croit
fini, on l'envoie dans un atelier de remotivation pour lui faire
découvrir que sous son vieux pardessus râpé, un héros sommeille.
03 février 2010
"I went to the (super)market"
J'ai déjà entendu dire que j'avais un blog pour me plaindre. Aujourd'hui, je vais donner raison à ceux qui le pensent.
Car il y a toujours des limites et hier celles-ci ont été dépassées.
Une fois n'est pas coutume, je vais vous raconter ma vie. Du moins une heure de ma vie.
J'étais hier matin en mission "Courses en grande surface". "Commissions" serait plus juste, vu qu'on m'y envoie.
Cela m'arrive souvent mais, habituellement, je choisis le petit supermarché dans un beau quartier. Le personnel y est trié, sympathique, bien élevé. La clientèle se trie toute seule par le quartier, l'accessibilité et les prix. Tout ce qu'il me faut pour n'être pas si mal dans un lieu de consommation, entre gens qui se lavent, qui sentent bon et qui ont la discrétion raffinée.
Mais cette fois c'est différent. L'Autorité (mot féminin) qui m'a missionné a bien insisté pour que j'aille à l'hypermarché du coin. C'est à proximité, les prix sont plus abordables et surtout le rayon des Fruits et légumes est de bien meilleure qualité.
- Ouais mais y'a des pauvres !
- On n'est pas riches.
Pas faux. Bon d'accord, je vais donc visiter la plèbe. Mais je partirai tôt, j'en verrai moins.
Je vous épargne tout ce que chacun connait. La vulgarité de la surconsommation additionnée à celle du personnel et d'une partie de la clientèle devrait suffire à pousser au suicide n'importe quel cerveau normalement constitué, lucide et ambitieux.
Je prends sur moi.
Arrêtons-nous au bien-aimé rayon des Fruits et légumes :
Inutile de vous dire qu'habituellement je l'évite avec une technique sans faille, riche que je suis d'une grande expérience. (Je ne fréquente les marchés en plein air que pour porter les sacs, observer les comportements et parfois faire des photos)
Aujourd'hui, c'est différent, je suis en mission avec une liste précise.
(J'ai connu l'enfer)
Je m'arrange pour prendre en priorité tout ce qui est sous cellophane, en filet, en barquette. Oranges, clémentines, champignons sont vite repérés.
Mais l'Autorité a osé des "en vrac", des "frais", des "à l'unité", des "bouquets" ; ça c'est pour les brocolis. Des bouquets de brocolis ? C'est des poètes ces maraichers ; c'est pour la St Valentin les bouquets de brocolis ?
Me voilà à toucher des poireaux. Vous avez bien lu "Toucher des poireaux". Mais comment peut-on toucher des poireaux ? Les manger, déjà c'est limite, mais les toucher, c'est horrible. Mes mains sont sales et elles puent. Tant que j'y suis, je file vers les épinards. Et voilà que je te les tasse dans un sac plastique qu'il m'a fallu deux heures pour décoller les deux parties en mouillant le doigt déjà sale et qui sent le poireau. Même opération pour les pommes de terre, alors qu'il y a des filets tout prêts. Va comprendre ce qui passe dans la tête de l'Autorité !
C'est pas fini. Des oignons blancs que c'est écrit. Mais, c'est quoi des oignons blancs ? Obligé de demander. J'avance. Ah oui, des oignons blancs ; ça existe. Même qu'ils ont pour voisins des oignons roses. Qu'est-ce-qu'ils vont pas inventer pour m'énerver ; ça sent le complot international, je vous le dis.
Le sprint final se prépare. Alors que dans mon petit supermarché, je me débrouille tout seul avec ma balance à numéros, ici, il y a un type qu'on dirait un DJ derrière ses platines qui colle des étiquettes sur tes sacs plastiques à une vitesse folle. Il jouait dans "Les Temps Modernes" c'est sûr. Eh bien, croyez moi, il ne s'est pas trompé une seule fois. Et il a l'air d'aimer ça en plus. Aussi conditionné que mes barquettes sous cellophane.
Vite la caisse. Vite la sortie. La populace, les mains sales, les odeurs, c'est trop pour un début de journée.
02 février 2010
Le deuxième
On entend souvent dire que sa place dans la fratrie est importante pour son propre développement. C'est un fait. Et chacun par son expérience peut en témoigner.
Je m'en tiendrai aujourd'hui à la place du deuxième, le Poulidor de la fratrie.
Parce qu'on estime souvent qu'elle est la plus difficile et parce que, ô miracle, c'est celle que je connais le mieux.
Vue de l'intérieur, la position semble normale et pas si pénible au présent. Mais, plus tard, dans le rétroviseur, la prise de conscience est terrible.
On se rend compte qu'on a passé son temps a joué des épaules, à vouloir plaire, à faire plaisir. Plutôt que pont ou trait d'union, on est chair à étau. Pour peu (et ce fut mon cas) que les mâchoires de l'instrument soient masculines et plutôt espiègles, et on finit gentil, timide et bonne pâte.
La pente sera rude, plus tard, à remonter.
L'aîné lui, c'est l'élu, le messie, l'enfant-roi. Il a marqué son territoire avant nous. Tout ce qu'il fait est tellement magnifique que le public est aveugle.
Le benjamin, c'est le petit dernier, il peut y aller lui, la voie est libre, le champ est large aux erreurs pardonnées, aux fautes excusées. Il est tellement mignon, l'indulgence est sans limites.
Et on fait quoi nous, les deuxièmes ? On imite, on joue l'insolence, on force le trait, on monte sur la pointe des pieds, on réfléchit pour tous les autres, on essaie de se faire remarquer, on charme, on flatte, on reste droit, on est sage comme des livres d'images, on est sans problèmes. Les problèmes, on se les garde, on les stocke pour plus tard, pour l'écriture, pour le psy, pour l'Histoire...
Au bout du compte, la contrainte accouchera d'une personnalité, d'une structure solide et sage quand d'autres claudiqueront encore longtemps.
Il y a une justice. Poulidor est vivant et Anquetil mort.
On pourrait s'en satisfaire. On pourrait en être fier.
On pourrait...
Si... le regard en arrière sur le fardeau de ce gamin ne faisait fondre en larmes.
On ne le connait plus mais on le reconnait.
Ce n'est plus soi.
On peut être touché sans se plaindre.
On peut l'aimer sans honte.
On peut avoir la compassion, digne.
Ce n'est plus soi.
01 février 2010
Cécile, bouddhiste et rationnelle
Comme d'autres sont anarcho-mitterandistes ou rentiers-pauvres, Cécile est bouddhiste-rationnelle, c'est du moins ce qu'elle aime à répéter. L'oxymore est moins évident que pour les précédents, mais rares sont ceux qui le perçoivent.
Depuis longtemps, elle est lasse d'entendre "Céciiile, ma fiiille" dès qu'elle se présente. Lasse aussi qu'on la confonde avec les Céline lassées, elles, des "Dis-moi, Céline..."
Mais, les années ont passé et c'est devenu moins fréquent. Tant mieux. Elle approche, aujourd'hui de l'âge où les femmes sont les plus belles, sont les plus femmes, sont les plus flammes.
Cécile a l'assurance bouclier. Une fausse extraversion qui la protège. Les bras ouverts comme mappemonde, elle embrasse l'universel. Pendant ce temps-là, le passé, hostile se taira, se terrera. Faites mine de deviner ce qu'il y a derrière, la petite fêlure ou la grande cicatrice, et elle vous décoche aussitôt un large sourire, épaules ouvertes, poitrine pointée, qui vous désarçonne et vous fait rentrer dans le rang. Son secret, c'est son secret. Aucun déni là-dedans, seulement une intimité avec sa souffrance, comme avec une amie qui lui tiendrait chaud.
Le reste, le social, l'apparence, la convivialité serviront de béquilles. Et on peut courir vite avec des béquilles à force d'entrainement ; il arrive même parfois qu'on s'envole.
La latine Cécile a ce physique qui fait s'agiter les mains des mâles primaires, avant leurs yeux, avant leur cœur. Quant aux secondaires, ils n'en pensent pas moins mais le disent autrement.
Tout est plongeant chez elle et on s'y noierait avec délectation. Jusqu'à ses cheveux. Un carré plongeant a dit le coiffeur. Cela existe donc ? Décolleté, chevelure et chute de reins toboggan sur lequel on dévalerait tête la première sans se poser la question de l'amerrissage.
La sachant spécialiste en "arômes à thérapie", les impatients font la queue, leur cœur trouble leur esprit et la guérisseuse les aimante. Comme d'autres voyagent avec des trousses de granules d'homéopathie, Cécile se balade avec ses sachets de thé. Elle ne vous demandera que l'eau chaude. Pas parano mais exigeante sur la qualité.
Sensible et solide, sensitive et réfléchie, elle a le bouddhisme en ligne de mire et la structure scientifique. Sa recherche de zénitude est aussi transparente qu'est opaque son obsession du contrôle. C'est, dirons-nous, sa marque de fabrique, le charme des oppositions. Elle a du chien et de la douceur, du feu et de l'huile, de la Carmen et du Machiavel.
Cécile a aussi une certitude troublante, dérangeante.
Un si grand cœur, encore jeune, affirme, juré craché, qu'elle n'aura pas d'enfants. Elle n'en veut pas.
Et pourtant.
Lui faire un enfant, c'est la première chose qui vient à l'esprit de chacun des hommes qui l'approchent.
31 janvier 2010
La page Blanche du Dimanche
Tous les dimanches ici, c'est Page Blanche. Chacun gribouille ce qu'il veut.
30 janvier 2010
29 janvier 2010
"Diabolo, Fais quelque chose !"
Depuis quelques semaines, c'est ma série "administrations". De toutes sortes, santé, social, scolaire, emploi, conseil général, mairie. Il y a des périodes comme ça où tout tombe en même temps.
Croyez-moi, c'est l'enfer.
Je mets de côté tous les rapports par internet, par téléphone ou par courrier qui vaudraient des sketches à chaque fois. Exit donc les touches étoiles et les attentes facturées qui finissent par vous demander de rappeler... "ultérieurement". Exit les réponses reçues le 21 janvier 2010 à des mails envoyés le 13 novembre 2009. Exit l'impossibilité d'adresser des documents en "pièces jointes" en 2010 ou tout simplement d'obtenir une adresse électronique. Exit les rendez-vous confirmés par courrier reçu le lendemain de l'entretien ou les confirmations de rendez-vous reçues en double à 3 jours d'intervalle ou les vœux du Député qui en profite pour se féliciter de son boulot départemental aux frais de l'Assemblée.
De tout cela donc, je n'en parlerai même pas. Ne nous démoralisons pas trop.
Pour le reste, le contact direct, j'aimerais pour éviter de paraitre polémique, poser quelques questions simples, en particulier à mes amis visiteurs et fonctionnaires. Je vous promets que j'aimerais comprendre.
Pouvez-vous me dire s'il y a des règles, des instructions pour mettre en face de moi des personnes qui ne comprennent pas ce que je dis, pas parce que je parle mal mais parce que je parle correctement ?
Pouvez-vous me dire s'il est normal que des personnes censées rendre service au public concentrent leurs efforts pour justement ne pas rendre service ? (Et j'ai des exemples)
Pouvez-vous me dire pourquoi on me parle mal, pourquoi on ne me regarde pas quand je parle, pourquoi on court prendre un café quand j'arrive, pourquoi la vulgarité et l'impolitesse sont monnaie courante ? C'est dans le programme de formation ou quoi ?
Pouvez-vous me dire si on concentre la bêtise aux guichets ?
Ou si tout simplement je n'ai pas de chance ?
Aurais-je une tête à ne pas me faire respecter ?
Je vous promets que je suis poli, synthétique, clair, indulgent, respectueux. Je ne me fâche jamais, je n'exige rien, je veux comprendre c'est tout.
Cela arrive-t-il à d'autres d'expliquer aux "spécialistes" ce qu'ils doivent faire. Cela m'est arrivé deux fois cette semaine. Et pourtant cela devrait être leur pain quotidien quand moi, je découvre.
Je répète, je ne suis pas polémique. Cette accumulation m'interpelle et je commence à subodorer une stratégie de la part des administrations : Mettre en première ligne les pires éléments pour décourager les usagers.
Aidez-moi, s'il-vous-plait à percer ce mystère, je n'en dors plus.
28 janvier 2010
J'aime le golf
Déjà paru chez Claudiogène le 13 novembre 2007
Il fait nuit ou nuit noire. Il fait froid ou très froid.
C'est l'hiver ou l'hiver. C'est samedi ou dimanche. C'est 1970 ou 1971.
Les réveils de l'époque faisaient encore dring et se levaient très tôt. Ils dringuaient à 3 heures 30, (quelle idée !) Le corps se levait et prenait déjà quelques longueurs d'avance sur l'esprit.
4
heures. J'enfourche ce vélo que mon jeune âge m'autorise encore à
prendre pour mon cheval et tel un chevalier sans peur et sans reproche,
j'attaque les quelques kilomètres qui me séparent du golf de
Saint-Nom-la-Bretèche.
Pour avoir la chance d'avoir un client, il me
faut arriver très tôt et faire la queue dehors jusqu'à l'ouverture
d'une pièce commune réservée aux cadets, sorte d'esclaves portant sur
l'épaule ou sur roulettes pendant deux ou quatre heures des sacs de
golf d'un poids surhumain pour des gamins de 13 ans.
Dans cette
pièce commune, on attend qu'on daigne appeler notre nom et toute notre
attention est concentrée, car c'est un interphone nasillard qui nous
hèle et on n'y comprend rien. Si on se présente sans qu'on nous ait
appelé, c'est l'engueulade, l'humiliation et la certitude de ne jamais
être choisi pour travailler.
Le rêve de chacun d'entre nous,
c'est d'être appelé pour un 18 trous plutôt qu'un 9. C'est 25 francs au
lieu de 15. Le bonheur suprême serait d'être le cadet d'une célébrité
qu'on imagine plus généreuse en pourboire. Sauf Raymond Marcillac que
tout le monde dit radin, enfin c'est ce que dit ma mémoire.
Mais le client n'est pas le pire.
Le
pire, c'est celui qui a quasiment droit de vie et de mort sur nous. Un
médiocre personnage aux cheveux gominés, à la chevalière agressive,
lèvres fines et dents "tenaille". Le nettoyage des clubs n'est jamais
assez bien fait. L'humiliation est constante, plus appuyée encore
lorsque nos noms ont des consonnances méditerranéennes. Cet homme est
gluant, obséquieux ; il a la courbette congénitale et l'insulte
permanente.
Nous ne pouvons rien dire, rien de rien.
Notre seule
vengeance s'arrête à plaisanter entre nous en jouant avec son nom. Il
est homonyme d'une célèbre boisson à l'anis. Et encore, nos
plaisanteries se font sous tension, car il a quelques indicateurs bien
infiltrés.
Bref, les jours de chance, je rentre chez moi vers 17
heures riche de 25 Francs. Et les jours de poisse, je peux rentrer plus
tôt, vers 14 heures, je n'aurai pas de clients ; lever 03h30 pour rien
... ça ira mieux demain.
C'était pas l'bon temps, le temps d'avant.
Mon père avait monté les murs des maisons de ce golf, s'écorchant dignité et santé.
Ma mère avait cousu les robes des femmes de ce golf, récoltant arthrose et verres correcteurs.
Mon frère et moi portions les sacs des maris, remplis de honte et délestés d'illusions.
27 janvier 2010
Une victoire pour Viktoria
Seuls le prénom et le pays d'origine de la vraie "Viktoria" ont été modifiés.
Viktoria est photographe.
Il y a trois ans, elle a quitté Bratislava, sa ville natale pour épouser Paris.
Pigiste dans un journal parisien, elle est chargée de faire des photos de restaurants pour assurer leur promotion. Rigoureuse et douée, elle a toujours travaillé avec plaisir et réussite.
Mais, depuis quelques temps, ça ne va pas. Les réveils sont difficiles. Plus d'énergie. Plus la pêche.
Elle tient en se forçant. Elle s'use pour ne pas décevoir, ses parents,
ses amis, tous ses compatriotes slovaques qu'elle fait rêver, tous ceux
qui ont idéalisé son départ.
La qualité de son travail s'en ressent et de peur de perdre son job, elle se crispe et le cercle vicieux s'emballe. Elle mitraille "ses" restaurants pour ne rien manquer et passe des nuits à trier ses clichés. Fatiguée, envahie par le stress, elle en arrive à détester ce Nikon qu'elle a tant désiré et aimé passionnément.
Cependant, Viktoria analyse parfaitement la situation et son état. Mais, elle n'a pas la clé, ne sait pas se décider. Elle a besoin d'aide. Elle le sait et n'hésite pas à contacter un professionnel de l'accompagnement.
Son courrier est émouvant, structuré et limpide.
Quelques semaines plus tard, après quelques échanges et quelques exercices, Viktoria décroche d'autres piges, se lève tous les matins en grande forme et vient de déposer des photos personnelles chez un éditeur qui l'a remarquée.
Que s'est-il passé ?
Le coach avait proposé à Viktoria de travailler sans but, de confier son Nikon à la Viktoria qui découvrait Paris trois ans auparavant. Elle devait photographier les restaurants comme une enfant émerveillée, sans autre raison que celle de montrer ses clichés à son retour au pays.
Elle devait aussi imaginer qu'elle travaillait en argentique, que les pellicules coûtaient cher et que le développement restait à sa charge.
Du coup, elle se limitait à une dizaine de clichés, ne perdait plus de temps en reportage, ni à faire de tri. Le plaisir retrouvé lui assurait une qualité de travail incomparable et une sérénité inconnue jusqu'alors.
Les compliments de son rédacteur devenaient quotidiens au point que, la confiance retrouvée, elle pouvait choisir ses missions.
Du jour au lendemain, son accompagnateur n'eut plus de nouvelles. C'est que sa mission avait été menée à bien. Viktoria avait repris les rênes de sa vie.
Gagner autonomie et liberté de choix, c'est toujours une victoire.
Le seul regret du coach : Ne pas savoir si les photos de la jeune photographe avait fini par donner naissance à un livre.
Mais, qui sait, peut-être a-t-elle épousé l'éditeur depuis ?
26 janvier 2010
Hope
Je disais ici, il y a peu : "le blogueur meurt aussi"
Gazelle est partie.
En ce qui la concerne, les mots courage, volonté et persévérance ne sont pas des mots convenus.
Ils nous donnent de l'espoir.
Hope
C'est le nom que Gazelle avait proposé et que j'avais choisi, il y a presque 2 ans, pour cette toile dans le dernier billet de l'ancien blog, intitulé "Dernier jour" :
25 janvier 2010
Le SDF et les classes moyennes
Lorsqu'on habite le centre d'une grande ville, un SDF c'est comme un lampadaire ou une crotte de chien. On finit par le contourner sans le voir.
C'est une introduction un peu rude, mais il y a de ça. Ne le nions pas.
Hier matin, cependant, un SDF que j'avais déjà vu ailleurs avait choisi "mon" trottoir devant "mon" "chez moi".
Et là, ça change tout.
Il n'est plus anonyme. Il n'est plus un parmi d'autres. Il est redevenu être humain. Il est quasiment chez moi. Envolés les lampadaires et les crottes de chien.
C'est bête, bien sûr. C'est idiot de penser ainsi. D'avoir besoin qu'on vous colle un truc sur le nez pour le voir, pour vous faire prendre conscience. C'est idiot. Et pourtant.
Hier matin, donc, déguisé en jogger décontracté, j'ouvre la porte de l'immeuble sur le soleil, prêt à longer la mer sur 13 kilomètres avec l'insouciance et la légèreté d'une midinette se prenant pour une star.
La porte refermée, le menton fier retombe d'un coup. Un homme est là. Assis au milieu de sacs poubelles et de vieilles couvertures. Cela n'arrive jamais dans cette rue. Le port, plus loin, et son église servent habituellement de "point de rencontre" aux sans-abri du quartier. La cinquantaine octogénaire, on sent que celui-ci n'a rien choisi. Il a coulé depuis longtemps. Un SDF expérimenté. Il a dormi là. C'est sûr. Les températures clémentes de notre sud n'empêchent pas de dire qu'il fait froid. Et il fait froid.
Ma bouche ose un Bonjour quand ma pensée me rappelle le prix de mes nouvelles chaussures de running. 91 euros. Et mon pied se serre comme se serre le cœur. Si c'est pas une honte ! Et je passe. Et je pars. Je suis tout nu. Vide.
1h 25 de réflexion et de course plus tard, il est toujours là.
Je m'approche. Et je répète mon Bonjour. J'ai ma réponse.
- Vous avez besoin de quelque chose ?
- Une cigarette.
- Ah ! Non. Je n'ai pas. Autre chose ?
- Non merci. J'ai tout ce qu'il faut.
- Un bol de soupe bien chaude ?
- Ah ! Un bol de soupe ? ça je veux bien.
Je reviens. Velouté de potiron, morceau de pain et deux pommes.
Mince. Mon SDF a fait des petits. V'la qu'ils sont deux. Si j'étais ministre, je dirais que j'ai créé un appel d'air.
Du coup, je privilégie mon pauvre-à-moi. Mais je partage le dessert.
Je remonte et même si cela peut paraitre moche, je prends la photo.
Du troisième je vois que le deuxième regarde le premier manger chaud.
Bien qu'ayant une grande expérience de vie avec les minima sociaux, je me sens, à ce moment-là, matériellement très riche. Même si le velouté de potiron prévu pour le repas a disparu. On fera des pâtes.
Je pourrais m'arrêter là.
Attendre les commentaires sensibles de visiteurs sensibilisés. Un ou deux autres qui m'expliqueraient que lorsqu'on fait du bien, faut pas le dire. On louerait ma générosité concrète et je planerais toute la journée, tant les gens reconnaissent mon humanisme sans pareil.
Mais je vais jouer les prolongu' deux minutes.
Après une semaine d'actualité centrée sur le salaire et autres avantages mirobolants d'un certain dirigeant et les réactions convenues et politiquement correctes de tous, mes réflexions sont différentes. Et mes foulées du matin m'ont bien aidé.
Rien de nouveau sous mon clavier. Si ce monde ne tourne pas rond et qu'en France, pays riche, nous vivons des scènes comme celles-ci, ce n'est dû ni aux parachutes dorés, ni au salaire de Proglio, c'est essentiellement dû au fait que malgré les grandes intentions, les classes moyennes ne partagent pas. Recroquevillées sur leurs avantages, leur CE, leurs emplois à vie, leurs retraites programmées, leurs mutuelles d'entreprise, leur confort indécent, elles s'offusquent de ce qui brille sans faire leur part. Les classes moyennes sont des privilégiées qui se croient pauvres. Elles pensent encore et toujours que c'est aux autres de commencer. Oui.
Mais les classes moyennes ont le bulletin de vote assassin. Et le pouvoir capitule encore et toujours.
Le pauvre, l'exclu est souvent fataliste et doit bouffer. Alors, qu'on ne lui demande pas de chercher du sens dans un bulletin de vote.
Quand, Qui aura le courage de s'occuper en priorité de ceux qui n'ont rien ? Alors Classe Moyenne si tu veux faire ta part, rend tes avantages et partage vraiment. Ou alors, Tais-toi ; on entend que toi.
24 janvier 2010
La page Blanche du Dimanche
Tous les dimanches ici, c'est Page Blanche. Chacun gribouille ce qu'il veut.
23 janvier 2010
22 janvier 2010
Mémère
Puisque nos grands-mères étaient trop lointaines, trop étrangères, mes frères et moi avions, sans le savoir, adopté une mémère.
C'est comme ça qu'on nous la présentait. "Va demander du sel à Mémère" "Va voir si Mémère n'a besoin de rien" "Emmène ce plat chez Mémère"
Elle était pauvre. Comme nous. C'était sans doute la raison pour laquelle elle n'avait pas de prénom.
Elle était étrangère. Comme nous. Et comme tous les êtres vivants du quartier. Les plus proches Français reposaient au cimetière.
C'était ainsi. Nous vivions par couches. La grand' route, les étrangers au-dessus, la décharge et enfin le cimetière. C'est là où commençait la France, ses jardins, son chemin des écoliers, son église, son école, son commerce.
Mémère était Polonaise. Les Polacks et les Ritals en plus de la solidarité des pauvres et des estrangers avait celle des cathos. Mémère sera la grand-mère du fond de la cour en attendant de retrouver celles du fond de la botte.
Mémère était déjà très vieille et vêtue triste. En gris, tous les jours de l'année. Le visage marqué, chiffonné, craquelé comme terre séchée. Ses lèvres rentrées laissaient dépasser une dent, son unique dent.
Elle aurait fait peur au monde entier, surtout lorsqu'elle remontait la côte du cimetière pour aller au champ, sa faux à la main. Mais le cœur des enfants décèle encore les grandes âmes. Plus tard, des voleurs d'innocence dépouillent ceux qui n'y prennent pas garde de leur pureté angélique.
Alors, le tablier tâché de Mémère était confort pour nos fesses, sa peau abimée, douce à nos visages, et sa rusticité, authentique poésie.
Mais, souvent, les meilleures des femmes ont un défaut.
Le sien était son compagnon. Hélas, ce n'est pas rare.
Il venait "de l'autre côté de la montagne" disait Mémère. Il fallait comprendre que son compagnon était Tchèque et que cela expliquait son caractère rude, taciturne et ombrageux.
Ce vieil homme nous faisait peur. Handicapé, il était toujours assis au même endroit, stratégique, près de la porte. Il insultait souvent Mémère, accompagnant ses injures incompréhensibles de coups de canne à chacun de ses passages.
Chauve, épaules de géant et gros bidon, très gros bidon, il ressemblait au bourreau dessiné sur le livre d'Histoire de l'école. Une moustache hitlérienne achevait le tableau. Aussi la porte aux cauchemars s'ouvrait grand pour des gamins sensibles et imaginatifs.
Aujourd'hui, on le dirait dépressif. Plus simplement, nous le disions méchant.
Si Mémère fumait des Gitanes, le Tchèque consommait du tabac. Et les coursiers que nous étions n'avaient pas trop intérêt à se tromper sur la marque ; ils priaient tout le long du chemin, se signant même au passage devant l'église, pour que le commerçant du village ne soit pas en rupture de stock du carburant indispensable à l'acrimonieux slave.
Qu'importe. Le cœur de Mémère compensait largement les délires de son compagnon.
Une chose est sûre. Si l'une se repose au Paradis, l'autre justifie l'Enfer.
Une autre Mémère chez Didier. C'est elle qui m'a remis la mienne en mémoire. Merci mon ami.








